La chronique

Grève à Genève

Un service public en grève, des milliers d’usagers pris au piège des retards et des bouchons, c’est ce qu’a vécu Genève ce mercredi puisque aucun bus ni tram ne circulait ce jour-là dans la Cité de Calvin. Voici quelques enseignements glanés au gré de cet événement.

Les TPG comptent 1900 employés dont 600 sont affiliés à l’association syndicale indépendante du personnel des TPG (Transfair et ASIP) et 740 au Syndicat du personnel des transports (SEV). Pourtant, le recrutement de membres est bien rémunéré au SEV: chaque affilié qui en amène un autre touche cash 50 francs. Mazette!

Selon le syndicat, la grève a été décidée par 93% des votants lors d’une consultation. Mais il refuse (bel exemple de transparence!) de dire le nombre des votants, tout en précisant que la participation statutaire d’un tiers a été atteinte. En admettant que ce soit vrai, cela veut dire que 95% de 250 personnes environ ont décidé cette grève, soit à peine 12,4% du personnel. Une représentativité plus que discutable!

En confirmation, on apprend sur le site du SEV que, lors de la manifestation du 12 novembre organisée par le Cartel intersyndical de la fonction publique à Genève, «les retraités des TPG étaient présents en force, bien déterminés à soutenir leurs collègues actifs». Mais il est également précisé qu’employés et retraités des TPG étaient au nombre de 350. Autant dire qu’il n’y avait là qu’une toute petite poignée d’actifs, et pour cause: les conditions de travail aux TPG ne doivent pas être si exécrables puisqu’ils ont reçu pas moins de 3000 dossiers lors de leur campagne de recrutement 2012…

La grève a été suivie par tous les employés, raconte Le Courrier, qui a accompagné les événements depuis 3h30 du matin, annonçant que, sauf ceux des sous-traitants, pas un seul véhicule n’était sorti. Pourquoi sinon parce que, toujours selon ce quotidien, «une centaine de grévistes et retraités sont massés devant le dépôt de la Jonction». Parce qu’une «file de voitures, parquées devant les portes, empêche la sortie des trolleys et qu’une corde bloque la grille qui ferme l’entrepôt». Parce qu’un «barrage humain est formé pour filtrer les allées et venues un peu plus haut dans la rue». Parce que, selon un tweet, «conducteurs souhaitant travailler dans l’impossibilité de prendre le volant pour sortir les véhicules sur le réseau». Parce que «les grévistes empêchent l’accès du site à une voiture de police». Avec de telles méthodes, il est sûr que la grève a été très suivie!

Grève dont Le Courrier nous indique qu’elle n’est pas la première (ni la dernière?) en Suisse, se référant à 1902 (sic) et à Zurich en mai 2011. Pourtant, là-bas, elle n’a duré que de 5h à 9h du matin, n’a été menée que par 50 employés, n’a été le fait que de quatre lignes de tram immédiatement remplacées par un service de bus. Les Genevois auraient rêvé mercredi d’un mouvement aussi raisonnable mais, aux portes de la France, ils subissent décidément une bien mauvaise influence.

mh.miauton@bluewin.ch

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