Cette fois, ça y est: la pandémie, dont on a tant parlé que certains avaient fini par la considérer un peu comme l’Arlésienne, est là. Elle vient de tuer un bébé atteint de malformations, trop jeune pour être vacciné. Un drame, donc, qui ne saurait être mis à la charge des couacs de mise en œuvre du plan de riposte, pourtant longtemps peaufiné, à la grippe A(H1N1).

Car il y a des couacs, à commencer par le retard accusé dans l’homologation des vaccins. Inconvénient – un de plus – lié à l’isolement qui prive la Suisse des informations dont disposent les autorités sanitaires européennes.

Ce retard devrait être comblé d’ici à la fin du mois. Et si aucun drame ne peut lui être imputé, vite oublié. Mais un autre défaut, pas forcément moins grave sur le plan sanitaire, apparaît toujours plus nettement dans le dispositif: la communication n’est pas à la hauteur des événements.

On a beaucoup épilogué sur la surinformation dont a fait l’objet la grippe A(H1N1) alors qu’elle n’était, pour les Suisses, qu’une menace lointaine. Aujourd’hui, c’est plutôt la difficulté à obtenir des informations claires sur la marche à suivre qui irrite ces derniers. Une difficulté qui naît essentiellement de la multiplication des messages pas toujours coordonnés qui émanent des différentes autorités fédérale et cantonales.

Ajoutée à la pénurie momentanée de vaccins et à l’angoisse que suscite inévitablement la menace infectieuse, cette communication bégayante alimente le flou qui subsiste dans beaucoup d’esprits entre le droit d’être vacciné en priorité, l’opportunité de le faire compte tenu de certains effets secondaires et la conduite à tenir en cas d’infection. Cette incertitude ne doit pas être exagérée: une discussion avec son médecin suffit en principe à la lever.

Mais, venant après la surmédiatisation mentionnée plus haut, elle fait mal, donnant l’image d’autorités sanitaires débordées face à un danger qu’elles voyaient venir depuis longtemps. Un inconvénient auquel il était d’autant plus facile de parer que tous les spécialistes le savent depuis longtemps: la bataille contre une pandémie se gagne en grande partie sur le terrain de la communication.