Revue de presse

La grogne enfle contre les fermetures des offices postaux dans toute la Suisse romande

Des pétitions circulent à travers le pays, les syndicats se mobilisent, les élus se rebellent aussi. Et La Poste, de son côté, poursuit tranquillement sa restructuration. «Au rouleau compresseur», dénoncent les médias

Tous les cantons romands sont désormais fixes sur l’impact qu’aura la restructuration de La Poste sur leur territoire. Mercredi, c’était au tour de Genève de découvrir les détails du sort qui lui est réservé: sur les 47 offices traditionnels, 35 sont garantis au moins jusqu’en 2020 et 12 sont menacés, principalement dans les villages. Et cela «passe très mal auprès de certains maires concernés», observe la Tribune de Genève.

Lire aussi: Service public adoré

«Je suis choqué», dénonce par exemple celui de Meinier, Alain Corthay, «très fâché»: «Cette décision est inadmissible pour le service public. L’office […] est le seul qui reste dans la région. Il ne désemplit pas. Il n’y a aucune raison financière de le fermer. La Poste veut amener tout le monde à Vésenaz, où il faut déjà faire la queue.» Lui, il «ne croit pas aux agences postales dans les commerces»: «C’est de la rigolade, juste pour faire passer la pilule. Ce n’est pas une solution satisfaisante.» Il compte donc «mobiliser la population au maximum».

Lire aussi: La Poste démantèle ses offices postaux

Le Courrier, de son côté, parle carrément de «saignée postale» au bout du lac. Mais dans «Mauvaise posture», son éditorial de jeudi, il élargit le débat: «Depuis plusieurs semaines, les cantons égrènent leur litanie d’offices postaux menacés. Il y en a 500 à 600 dans tout le pays, près de 150 pour la seule Suisse romande. Les pétitions circulent à travers le pays, les syndicats se mobilisent, les élus déposent des questions, des interpellations… Et La Poste poursuit sa restructuration au rouleau compresseur.» Ce qui n’empêche pas certains de manifester quelque humour:

C’est qu’il y a des «exigences de rendement» pour «ce service soi-disant universel», dont les «dérives se font sentir». Des exemples, que donne le quotidien de la gauche genevoise? «Les postiers ont toujours moins de temps pour des rondes toujours plus longues. La distribution s’étale jusque sur le coup de midi, les solutions comme les cases postales disparaissent ou coûtent les yeux de la tête…» Finalement, «les régions périphériques, rurales et même urbaines se voient […] spoliées de leur accès à une offre de base digne de ce nom.» Il faudra donc bien que cette Poste «aveuglée» calme «le mécontentement général» et qu’elle «recommence à vouloir bien faire son travail, en respectant ses employés et les citoyens envers qui elle a des devoirs». Comme en France, par exemple, où la situation ne semble guère meilleure:

SUr le plan national, «l’entreprise avait annoncé sa stratégie en octobre dernier. Elle veut faire passer le nombre de points d’accès de 3700 à au moins 4000. Mais les offices de poste traditionnels devraient passer de 1400 à 800 ou 900. Des centaines de places de travail sont touchées», note Bilan. Et de détailler: «Sur sol vaudois, 49 offices sur 127 sont en sursis. En terres neuchâteloises, 14 filiales sur 39 pourraient fermer. Dans le Jura, ce sont 15 offices sur 31, dans le canton de Fribourg 24 sur 56, en Valais 22 sur 65 et au Tessin 48 sites sur 109. Côté bernois, près de la moitié des offices (76) pourraient être transformés ou fermés. Dans le canton de Zurich, 26 offices sont sur la sellette. Dans les Grisons, à Schwyz et à Soleure, près d’un sur deux est menacé.»

Il n’y a donc pas qu’à Genève, cette république à la réputation de râleuse, qu’on entend de vives protestations. 24 heures parle d’une «polémique» qui essaime jusqu’aux Chambres fédérales, lesquelles exigent de La Poste «qu’elle considère davantage les besoins des différentes catégories d’usagers». Elles ont approuvé deux motions en faveur d’une révision des «critères définissant la distribution du courrier dans les régions reculées. Les textes demandent de reconsidérer la règle selon laquelle la tournée du facteur est éliminée pour toute zone comptant moins de cinq maisons à l’hectare ou si le temps nécessaire pour desservir une maison habitée dépasse deux minutes.»

Le cas particulier du Valais

On imagine ainsi sans peine la situation du Valais, que décrit RTS Info, où le gouvernement «déplore […] les suppressions annoncées». «Les conditions topographiques du canton doivent être prises en compte pour continuer à assurer l’accès aux services», écrit-il. «Le Conseil d’Etat veut que les intérêts économiques et touristiques en région de montagne soient mieux évalués.»

Les représentants politiques du Vieux Pays sont ainsi montés au créneau. Christophe Darbellay évoque «un démantèlement du service public, une vision très technocratique». Il dit au Nouvelliste qu’il n’est «pas un dogmatique, ni un syndicaliste, La Poste a le droit de se réorganiser, mais pas comme ça.» Le syndicaliste René Fürst est lui aussi très sévère: «C’est une catastrophe, dit-il. Il n’y a aucun égard de La Poste vis-à-vis des demandes des politiques. Elle fait ce qu’elle veut.» Et chez Syndicom, on dit ne pas comprendre la stratégie de l’ex-régie fédérale: «C’est simplement une réduction des services, alors qu’elle devrait optimiser la logistique». Bref, La Poste «continue son plan sans aucun respect».

Les oublis du Géant jaune

Il y a pourtant une explication à tout ce remue-ménage, que donne Le Quotidien jurassien (LQJ), «le changement d’habitudes des gens». Car «il est loin le temps où chacun passait régulièrement par le bureau de poste pour effectuer ses paiements ou déposer du courrier. La révolution internet est passée par là, comme aux guichets des banques ou des gares. On ne peut reprocher à La Poste de s’adapter à cette évolution du comportement des clients. Sauf qu’à trop vouloir anticiper l’avenir, le Géant jaune oublie le présent de nombreuses personnes.»

Qui sont-elles? «Des gens d’un certain âge le plus souvent, qui continuent à vouloir faire leurs paiements à La Poste. L’option médiane de collaboration entre la poste et un commerce local est la moins mauvaise solution pour servir ces gens-là.» Mais de manière plus générale, «le flou qui entoure la notion de service public embrume la mission de La Poste. Qu’attend la Confédération de cette société anonyme de droit public: des bénéfices, comme certains actionnaires en demandent à une entreprise, ou assurer un service public de qualité et de proximité, qui a un coût mais offre de l’emploi?»

Les protestataires s’organisent

Au final, conclut ainsi LQJ, «l’avenir du réseau postal glisse des mains des pouvoirs publics. […] C’est La Poste qui décide, les oppositions locales restent toujours ou presque lettre morte. Les bureaux de poste disparaîtront des campagnes: il est temps de montrer ceux qui restent aux enfants!» Mais cela ne suffira pas, sans doute. Voilà pourquoi «le comité «Touche pas à ma poste» récemment constitué dans le canton de Vaud et qui regroupe Syndicom, le POP Vaud et l’association de défense des services publics ACIDUS», annonçait d’ores et déjà il y a deux semaines «une série d’actions telles qu’une marche symbolique dans l’Ouest lausannois et de futures manifestations au niveau national», indique Gauchebdo.

Qui ajoute: «La pétition lancée par le POP a déjà récolté 8000 signatures, alors qu’une autre pétition lancée par Syndicom au sein du personnel de La Poste en a récolté 3500. «Nous recevons de nombreuses remarques indignées, déplorant notamment la suppression d’offices et de personnel, alors que La Poste annonce des bénéfices», sans compter le «salaire mirobolant» de sa directrice, souligne le secrétaire cantonal du POP, Christophe Grand. Et les filiales dans les commerces privés? «Les prestations y sont moindres que dans les offices en quantité et en qualité, avec un personnel sous-formé et sous-payé», dénonce-t-il.

Et «mon Natel»?

D’ailleurs, n’est-ce pas déjà aussi un peu le cas dans les offices encore en place? A cet égard, une lettre d’un lecteur de La Liberté de Fribourg paraît édifiante: «Mon Natel étant hors d’usage, je me suis rendu dans un grand office de poste de ma région. J’ai choisi un nouveau Natel. Le personnel de cet office m’a servi avec beaucoup de courtoisie. Malheureusement, la personne au guichet n’avait aucune notion du produit vendu. Après quinze minutes d’essai d’ouverture et d’introduction erronée et forcée de l’ancienne puce dans l’appareil, je suis intervenu pour éviter son endommagement.»

Et comment cette histoire s’est-elle terminée? «Au moment de régler le montant dû, on m’a demandé une pièce d’identité. Mon permis de conduire a été refusé, et, par-là même, mon nouveau Natel. J’ai donc perdu plus de trente minutes pour rien. Obligation de présenter un passeport, demandé de la part de l’opérateur, soi-disant. Pour changer de Natel! Je me suis alors rendu dans une grande ville, dans une ­boutique privée. Là, en trois minutes, on m’a réglé le problème, sans me demander de pièce d’identité. Raison: «C’est votre numéro de téléphone, et vous avez le code. Ce n’est pas nécessaire!» Moralité: La Poste ne forme pas bien ses employés, vend tout et rien, sans se soucier des clients. Je n’irai plus.»

Publicité