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Au temps de la splendeur: la contruction du barrage de Moiry à la fin des années 1950. 
© Oscar Darbellay, Médiathèque Valais-Martigny

Editorial

Le «grounding» des barrages, un fiasco suisse

Le sauvetage du patrimoine hydroélectrique, plombé par une myopie collective, va coûter cher. Mais ce n’est ni au consommateur, ni au contribuable de payer. Notre éditorial

C'est peut-être l'enjeu le plus massif de la votation du 21 mai. Comment sauver les barrages qui fournissent 60% de l'hydroélectricité suisse du naufrage financier?

Le problème va bien au-delà des infrastructures – il touche au patrimoine, à l'âme même de la Suisse. Avec leurs murs colossaux, leurs cavernes, leurs ingénieuses conduites qui transpercent les Alpes, ces ouvrages offrent un concentré des vertus helvétiques: fiabilité, durabilité, capacité de faire de l’argent avec pas grand-chose – du labeur humain, des pentes et de l’eau.

Le secteur a longtemps rempli les caisses publiques et servi de vache à lait à l’export. Mais cet âge d’or est terminé. Aujourd’hui, on parle de milliards dilapidés dans des ouvrages déficitaires, et de pertes se chiffrant en centaines de millions de francs par an. Un «grounding électrique» comparable à la chute de Swissair, selon le mot du journaliste Kurt Marti.

Notre dossier: En crise, les barrages suisses s’infligent une cure d’austérité

Les aléas du pompage-turbinage

Dans ce fiasco, les gros producteurs (Alpiq, Axpo…) se sont mis en difficulté tout seuls, misant sur une technologie, le pompage-turbinage, à la fois chère et dépendante des aléas du marché. Le Conseil fédéral les a encouragés, avant de s’en laver les mains. La demi-libéralisation du marché suisse débouche aujourd’hui sur une situation absurde: les champions nationaux sont au bord de la faillite, tandis qu’une ribambelle de monopoles locaux continue de s’enrichir grâce au marché domestique et aux «clients captifs» comme vous et moi.

A ce sujet: Des barrages suisses sont à vendre: comment en est-on arrivé là?

Ces erreurs, il faut les analyser sérieusement avant de définir un «design de marché» qui permette d’assurer l’avenir. Car l’hydroélectricité suisse mérite d’être défendue: elle remplit une fonction stratégique et elle est bonne pour le climat. Comme les barrages sont difficiles à démonter, la Suisse n’a pas le choix. Elle doit sauver son patrimoine hydraulique, ce qui passe par un vote positif à la Stratégie énergétique 2050 le 21 mai.

La tentation, ensuite, sera de faire payer le consommateur pour éponger les pertes. Ce serait une erreur. Ceux qui doivent financer le sauvetage des barrages sont ceux qui en ont profité le plus dans le passé: distributeurs d’électricité, services industriels, cantons et communes. Les géants Alpiq et Axpo n’ont pas vocation à être renfloués – c’est la production qu’il faut maintenir, pas des entreprises en particulier.

Freiner la folie hydroélectrique

Il est aussi temps de stopper une forme de folie hydroélectrique. En renonçant aux projets pharaoniques qui dorment dans les tiroirs des producteurs. Qui a besoin d’un nouveau barrage à 250 millions sur le Rhône – comme celui prévu à Massongex – alors qu’il n’a aucune chance d’être rentable? Il faut aussi cesser de subventionner des mini-barrages peu productifs et écologiquement néfastes. Le coût environnemental payé pour la construction des aménagements actuels est bien assez lourd.

La priorité doit plutôt être de conserver, voire améliorer l’existant. En sachant que l’avenir appartient davantage au solaire et à la maison autonome qu’aux géants de béton qui barrent les vallées. Même s’ils peuvent servir encore longtemps, à condition de trouver une issue à la crise actuelle.


En vidéo. Les mesures prises dans un barrage.

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