On est en été de l’année 1870. Depuis quelques semaines, les Français de Napoléon III et les Prussiens du futur Guillaume Ier s’affrontent rudement dans les plaines de Lorraine. Imperturbablement, les hommes de Moltke infligent revers sur revers à des troupes françaises inférieures à leurs adversaires dans tous les domaines. Fröschwiller, Saint-Privat, Sedan scandent le début de la fin du Second Empire.

Guère d’émotion

En Suisse, le futur conseiller fédéral Louis Ruchonnet s’interroge dans ses carnets intimes: comment se fait-il que les deux grandes cultures que réunit cet ensemble disparate qu’est la Suisse se fassent une guerre meurtrière sans que les équilibres qui constituent l’Helvétie en soient brisés? Et Ruchonnet, pas encore conseiller fédéral, de repérer peut-être une réponse dans la possible protection divine qui enroberait de sa délicate attention ce cas «particulier» qu’est la Suisse. Le mythe du Sonderfall helvétique est né.