Editorial

La guerre, et après?

De quel mal les bombes sont-elles le remède? Elles peuvent décapiter l’Etat islamique (EI), comme elles l’ont fait pour Al-Qaida, mais elles ne sauraient éliminer tous les djihadistes et encore moins soigner les plaies sur lesquelles ils prospèrent. Afin de soulager l’Irak et la Syrie de l’infection mortelle qui s’étend, et de protéger les minorités et les populations civiles, Barack Obama a plaidé pour des efforts coalisés contre l’EI. Le but est clair, il renvoie aux précédentes guerres contre le terrorisme, en Afghanistan, en Irak ou au Mali. Autant d’échecs. Mais, cette fois-ci, la nouveauté est d’ordre stratégique: Washington veut s’appuyer sur les acteurs régionaux, les inciter à prendre une part active et, d’une certaine manière, les appeler à faire le ménage chez eux.

Le périmètre de l’intervention est précis, les coups de bistouri prétendent l’être aussi, pour éviter les pertes civiles. Frapper les bases arrière, les centres logistiques, les émirs et leurs armes lourdes, tanks et pièces d’artillerie. Chaque jour, les officines des armées égrènent le bilan des cibles anéanties. Le but paraît d’autant mieux circonscrit et les moyens déployés d’autant plus adaptés que l’absence de projet à long terme est criante. Alors que l’éradication de l’EI est à portée de fusil, les chancelleries n’ont rien à proposer pour un éventuel après-guerre. Que faire en Syrie, en Irak et dans toute la région? Quid de Bachar el-Assad demain? Les belligérants se montrent d’autant plus déterminés et va-t-en-guerre qu’ils sont incapables d’imaginer l’embryon d’une solution politique.

En miroir et ironiquement, le Coran distingue entre le petit djihad, celui des armes et de la lutte contre les infidèles, et le grand, celui de la spiritualité et du combat intérieur. Les deux semblent inversement proportionnels: le nombre de coups de feu et de sabre s’accroît à mesure que l’examen de conscience s’évapore. Les bombes annihileront les symptômes, mais seules la diplomatie et la politique pourront guérir le mal.