éditorial

Guerre commerciale: les limites de l’allié chinois

EDITORIAL. L’Europe, à l’image d’Angela Merkel, pourrait être tentée de se rapprocher de la Chine pour contrer le protectionnisme américain. Un faux calcul

L’agenda protectionniste de Donald Trump menace de provoquer des guerres commerciales sur tous les continents. Du coup, on assiste à un basculement des rapports de force, des alliances et des dynamiques économiques mondiales. Opérant un virage à 180 degrés par rapport à son prédécesseur, le président américain casse les traités, dénigre le multilatéralisme et menace les équilibres déjà précaires de la paix.

Dans ces circonstances, il est tentant de se tourner vers d’autres rivages, en quête de nouveaux alliés. La Chine apparaît ainsi de plus en plus comme une alternative à la domination états-unienne, un partenaire solide en matière de commerce. Face aux menaces de Donald Trump, Angela Merkel est allée à Pékin réaffirmer aux côtés de Xi Jinping leur attachement commun au multilatéralisme et à la globalisation économique. Très bien.

L’Allemagne et la Chine ont en commun un excédent commercial important avec les Etats-Unis et ont donc le même intérêt à défendre un marché ouvert. Tout comme, plus généralement, les Européens et les Chinois partagent le souci de préserver les acquis des traités sur le climat ou le nucléaire iranien. Il serait tentant de voir se dessiner un nouvel axe Europe-Chine pour contrer Washington.

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Si certains combats face à Washington nécessitent un réalignement, encore faut-il ne pas se tromper sur les objectifs à atteindre. A ce jour, le marché américain reste bien plus ouvert que celui de la Chine, même avec la multiplication des taxes annoncées par Donald Trump et les signes récents d’ouverture de Pékin. A long terme, il n’y a guère de doute que le marché américain restera plus attractif, et plus sûr, pour l’Europe que le marché chinois. Car le protectionnisme de Washington tient à une présidence, alors que celui de la Chine tient à un système politique.

Entre les Etats-Unis et la Chine, les Européens – et la Suisse avec eux – vont devoir trouver leur propre voie. Si des alliances de circonstance avec Pékin sont souhaitables, l’écriture des normes internationales se fera plus sûrement avec Washington une fois la parenthèse Trump refermée.

Dans l’immédiat, le défi pour l’Europe est de rester soudée face à ces deux pôles. Car si la logique protectionniste prônée par les populistes devait l’emporter – comme le montre l’Italie –, on assisterait alors à une guerre commerciale de tous contre tous. A ce jeu-là, nous serons tous perdants.

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