Voilà plus de deux mois que Moscou et Bruxelles ont entamé un bras de fer économique, avec l’Ukraine en guise d’enjeu. Pour quel bilan? Les séquestrations de yachts et de jets privés, les fermetures de magasins ainsi que le spectre d’une interruption des importations de charbon n’ont pas pesé lourd face à la froide détermination de Vladimir Poutine. Si, à l’heure qu’il est, les chars du président russe ne paradent pas dans Kiev, c’est grâce à la bravoure et à la résistance de l’armée ukrainienne, pas aux sanctions.

Dès lundi, l’Union européenne travaillera sur un nouveau train de sanctions, avec pour principale perspective un embargo sur le pétrole. L’Allemagne a encore fait savoir dimanche qu’elle y était «presque prête». Captive de la toile énergétique que l’araignée Poutine a patiemment tissée ces vingt dernières années, c’est elle – et dans une moindre mesure l’Italie – qui dicte la cadence. La date d’entrée en vigueur de l’interdiction d’importer du charbon russe n’a-t-elle pas été arrêtée au mois d’août, soit, peu ou prou, la date à laquelle le gouvernement d’Olaf Scholz pense pouvoir s’en passer?

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Le retour des chocs pétroliers

Pour le gaz, à moins d’un coup de théâtre, il faudra patienter, alors que c’est sans doute le seul levier capable de mettre vraiment le Kremlin en difficulté. Attendre jusqu’en 2024, soit l’horizon fixé par Berlin pour se libérer de ses entraves russes.

Si la dernière décennie a été celle de l’énergie à bas prix, les années 2020 ressembleront donc davantage pour l’Occident aux années 1970 et à ses coûteux chocs pétroliers. Détentrice des principales réserves mondiales de gaz, la Russie se tournera toujours plus vers l’Asie pour écouler ses matières premières, mais il lui faudra bien du temps pour compenser la perte de la manne européenne.

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On serait donc tenté de parler d’un conflit à somme nulle, tant il est évident que personne ne sortira indemne de la guerre du gaz. Si ce n’est qu’il faut soustraire l’Ukraine de ce calcul, qui ne peut s’offrir le luxe d’attendre l’édification de terminaux de gaz flottants sur la mer Baltique. Sans parler de l’environnement. Car malgré l’indéniable engouement que suscitent les panneaux photovoltaïques et les pompes à chaleur, c’est probablement quelques centrales à charbon qu’il faudra réenclencher en Europe pour éviter de passer un hiver glacial.

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