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Guerre à Gaza: les lecteurs réagissent

Les articles du «Temps» sur le conflit israélo-palestinien, qui a de nouveau pris des dimensions dramatiques depuis le début de l’été, ont suscité de nombreuses réactions. Nous en publions une sélection

Guerre à Gaza: les lecteurs du «Temps» réagissent

Les articles du «Temps» sur le conflit israélo-palestinien, qui a de nouveau pris des dimensions dramatiques depuis le début de l’été, ont suscité de nombreuses réactions. Nous en publions une sélection

La faute au Hamas

L’Association Suisse-Israël déplore l’information très souvent partiale délivrée sur le conflit israélo-palestinien, comme par exemple dans trois articles du Temps du 23 juillet extrêmement critiques envers l’Etat d’Israël. […]

Les interventions malheureuses de nombreux médias contribuent à retarder plutôt qu’à dénouer les problèmes. Quelle est par exemple la finalité du décompte macabre journalier des morts de part et d’autre, présenté comme le score d’un match de football, avec résultats intermédiaires? Faudrait-il davantage de morts israéliens pour rétablir l’équilibre? Mettre sur un même plan un gouvernement israélien très à droite et le mouvement Hamas induit le lecteur en erreur: c’est oublier que l’un est un Etat démocratique et l’autre un groupe terroriste irrédentiste.

Au fil des dépêches et des récits, le problème de la construction de tunnels a passé au second plan. Une faction politique palestinienne a préparé une offensive meurtrière en creusant des tunnels débouchant au-delà de la frontière dans le but de semer la terreur en Israël; partout dans le monde, une telle menace stratégique serait considérée comme un acte de guerre de la part du voisin.

De plus, l’opération a été soigneusement camouflée en cachant les entrées palestiniennes des tunnels sous des bâtiments publics (hôpital, école, mosquée) ou d’habitation; outre son aspect cynique, elle met en danger la population civile d’une manière que condamne la Convention de Genève, que l’on se plaît à invoquer contre Israël.

Lorsque toute la lumière sera faite sur ces constructions, il faudra se poser une question dérangeante: pour creuser un long tunnel, iI faut du ciment, des étais et une place de stockage du remblai. Il y a des effets visibles en surface; où étaient les observateurs et les correspondants de presse, les officiels des Nations unies, qui n’ont rien vu? Et les stocks de roquettes: invisibles?

On reproche beaucoup à Israël ses ripostes «disproportionnées»: il faudrait aussi avoir le courage de dénoncer le caractère disproportionné de la philosophie mortifère du Hamas et d’autres mouvements de «Djihad islamique». Le grand perdant de ces conflits est la population palestinienne qui souffre depuis des années, et la cause principale, voire unique, de son malheur est le Hamas qui perpétue un état d’insurrection incompatible avec la recherche sereine d’un arrêt des hostilités.

Mettre fin à l’illusion sioniste

Maintenant que le «processus de paix» monopolisé par les Etats-Unis a rendu l’âme et que la violence et la haine explosent encore une fois, l’Europe doit prendre l’initiative et tenter de faire quelque chose d’utile pour les Israéliens, les Palestiniens et la paix.

Si les Etats européens croient toujours qu’une «solution à deux Etats» décente est concevable, plusieurs initiatives utiles sont à portée de main. Ils pourraient soutenir et renforcer la légalité actuelle de deux Etats en se joignant aux 134 Etats qui ont déjà reconnu diplomatiquement l’Etat de Palestine. Ils pourraient également exiger des Israéliens requérant un visa pour visiter leurs pays de produire des documents attestant qu’ils ne sont pas résidents en Palestine occupée. Et, de façon la plus constructive, ils pourraient imposer et intensifier des sanctions économiques sur Israël jusqu’à ce que celui-ci respecte le droit international et les résolutions des Nations unies et mette fin à son occupation vieille de 47 années.

Si les Etats européens ne sont pas disposés à prendre de telles initiatives ou s’ils en sont arrivés à considérer, non sans raison, qu’une «solution à deux Etats» décente n’est plus envisageable […], ils devraient réfléchir à leurs propres histoires et responsabilités afin de trouver la meilleure façon d’aller de l’avant.

La dure vérité est que le sionisme est, et a toujours été, un rêve d’antisémites devenu réalité, donnant l’espoir que les juifs de leurs propres pays puissent être incités à partir et s’installer ailleurs.

Arthur J. Balfour, qui a donné son nom à la fatidique déclaration de 1917, était un partisan fort de la loi sur les étrangers (Alien Act) de 1905, spécialement conçue pour endiguer l’afflux des juifs fuyant des persécutions dans la Russie tsariste. Plus tard, à la suite de l’Holocauste, une abomination entièrement européenne, les gouvernements européens, ainsi que ceux des Etats-Unis, du Canada et de l’Australie, ont honteusement écarté les appels des pays arabes à faire de la réinstallation des juifs déplacés un devoir et une obligation pour le monde entier et ont refusé d’assouplir leurs restrictions à l’immigration, forçant ainsi la plupart des juifs déplacés à chercher à construire une nouvelle vie en Palestine, même si beaucoup d’entre eux auraient préféré s’établir ailleurs.

[…] Les Etats européens, qui ne sont plus aujourd’hui antisémites, peuvent et doivent ouvrir leurs portes à tous les juifs israéliens qui pourraient être tentés de construire une vie nouvelle et meilleure pour eux-mêmes et pour leurs enfants, avec moins d’injustice et moins d’insécurité, en retournant dans leurs pays d’origine ou en émigrant vers d’autres pays de leur choix, en leur offrant un droit immédiat de résidence, une aide généreuse à la réinstallation et un accès rapide à la citoyenneté s’ils ne l’ont pas déjà. […]

Parallélisme douteux

Votre article «Entre Israël et la Palestine, le miroir» (LT du 9 août 2014) appelle les commentaires suivants de ma part: 1) Vous comparez un soulèvement qui remonte à 2000 ans en arrière à un combat génocidaire, le fléau des temps modernes. En l’an 132, les tunnels creusés par l’armée juive de Judée servaient de refuge (Dion Cassius, Histoire romaine, livre 69). En outre, ces tunnels ne partaient pas d’un territoire donné pour aboutir à celui du belligérant dans le but de perpétrer des attentats suicides. La référence de l’auteur de l’article au droit international humanitaire pour faire pièce à des soi-disant exactions paraît donc totalement déplacée. Et comment sied-il d’imaginer le concept du terrorisme à une époque où l’on se formait en bataille armée contre armée sans viser la population civile? 2) Vous évoquez le groupe terroriste juif Irgoun pour mettre subrepticement sur le même plan le terrorisme du Hamas. Mais l’Irgoun n’allait pas jusqu’à nier le droit à l’existence de ses adversaires; cet extrémisme, à l’heure actuelle, empêche la création d’un Etat palestinien à la frontière d’Israël. 3) Vous mettez en parallèle les civils, qui servent de boucliers humains à un groupe terroriste, avec les habitants du sud d’Israël que Netanyahou exposerait, selon Abou Obeida, le porte-parole du Hamas, aux tirs de roquettes. Quand on sait qu’Israël a construit des abris pour ses citoyens, le parallélisme de votre journaliste, rapportant les propos d’un triste sire, verse dans le cynisme. 4) L’auteur aurait pu préciser que le son de Davidka lors de la prise de Safed par l’armée israélienne en 1948, provoquant la fuite de milliers de Palestiniens, résonnait dans une guerre que les armées arabes avaient initiée. Cette précision a son importance lorsque l’on évoque les réfugiés palestiniens. Car si les pays arabes avaient alors accepté le plan de partage de l’ONU, la question palestinienne ne se poserait pas aujourd’hui.

Quelle «guerre»?

Le terme de «guerre» utilisé dans votre article du 22 juillet, ainsi que dans la plupart des médias, nous semble tout à fait inadéquat pour décrire la nouvelle agression israélienne à Gaza. Une guerre définit normalement un conflit entre des Etats souverains et non une attaque sanglante contre un petit territoire surpeuplé assiégé depuis de longues années par l’Etat qui l’agresse et qui prétend se défendre. Se défendre de qui? De quoi? D’une résistance autorisée par le droit international pour tout peuple placé par l’occupant sous blocus? De roquettes lancées par l’assiégé? Certes, les roquettes effraient la population du sud d’Israël, mais le pilonnage quotidien […] d’une armée à l’équipement hautement sophistiqué ne fait pas qu’effrayer. Cette armée tue d’une manière particulièrement indigne. La population est prise dans un étau, ne pouvant ni fuir hors de Gaza, ni s’abriter puisque même les écoles de l’UNWRA et les hôpitaux sont bombardés. Alors, se réfugier où? […] Gaza est devenu un véritable ghetto et se trouve dans une misère qui devrait être intolérable pour toute la communauté internationale. Au lieu d’imposer des sanctions légitimes à Israël, l’Union européenne et les Etats Unis les infligent à la Russie parce qu’ils fournissent des armes aux rebelles ukrainiens. Pendant ce temps, Barack Obama, tout en déplorant la violence de l’agression israélienne, annonce que le Congrès américain a voté 225 millions de dollars pour réapprovisionner Israël en armement! […]

La politique actuelle du gouvernement israélien n’est pas de bon augure pour un avenir serein dans la région et avec son armée il gardera à jamais les stigmates du déshonneur et de l’indignité. Il ne faudrait pas que le drapeau à l’étoile de David qui flotte sur les ruines de Gaza prenne le judaïsme en otage.

Se laisser attaquer?

J’ai été profondément choqué par votre article du 7 août («La guerre gagnée de Gaza»). […] Loin des «miettes de capital de sympathie» que vous évoquez, énormément de personnes dans le monde soutiennent Israël et soutiennent son droit à se défendre contre l’agresseur Hamas qui a tiré des milliers de roquettes contre les civils israéliens et prend sa propre population comme bouclier humain en tirant des roquettes à partir d’écoles, d’hôpitaux et de mosquées et dont les terroristes se cachent parmi les civils pendant les ripostes de Tsahal.

«Sa machine de propagande, sans doute la plus performante du monde»: refusez-vous à Israël le droit de se défendre […]?

Israël n’est nullement responsable des «milliers d’enfants blessés, meurtris, traumatisés» mais la responsabilité entière doit en être portée par le Hamas, qui a déclenché cette guerre. Pour vous, Israël devrait se laisser bombarder sans réagir? Quant à la dernière phrase: «Pas d’impatience, leur tour viendra», elle est purement scandaleuse: vous insinuez qu’Israël aurait une volonté de massacrer des enfants et des civils délibérément et sans raison, alors que tous ces morts sont dus à la folie suicidaire du Hamas […].

Propos choquants

Comme Mme Sabine Simkhovitch-Dreyfus, qui s’est exprimée dans votre édition du 4 août 2014, je trouve inacceptable les propos qui circulent sur la Toile. Je comprends l’émotion et l’inquiétude que cela peut susciter dans la communauté juive.

Mais une phrase de l’article m’a énormément choqué; parlant du sort du peuple palestinien, elle dit: «Personne ne voudrait être aujourd’hui à Gaza. La situation est également très dure pour eux.» Il faut quand même raison garder. Chaque mort, qu’il soit Israélien ou Palestinien, est une souffrance. Mais quand il y a une telle disproportion dans le nombre de morts, c’est indécent de dire: «La situation est également très dure pour eux.»

Faut-il rappeler les chiffres, qui certes varient un peu selon les sources, mais sont toujours concordants: côté israélien, 64 soldats morts et 3 civils; côté palestinien, plus de 1800 morts, dont la majorité sont des civils; […] l’ONU dit même que parmi les civils il y aurait 408 enfants et 214 femmes. Que dirait-on en Israël et parmi ses soutiens s’il y avait eu un ou plusieurs enfants israéliens tués? Et si cela se passait à Genève?

[…] Les médias nous parlent des souffrances du peuple de Gaza seulement. Pour mieux comprendre ce qui se passe en Israël, essayons d’imaginer un moment que des terroristes règnent sur Annemasse et déclarent ouvertement la destruction de Genève et de tous ses habitants. C’est écrit dans leur charte comme objectif premier, et ils sont nourris de la haine des Suisses depuis leur prime enfance. Fanatisés, leur désir de tuer les Suisses dépasse leur désir de vivre eux-mêmes. Leurs attaques sont incessantes et ils sont très bien armés. Depuis Gaillard, Ville-la-Grand, Ambilly, leurs missiles tombent en pluie sur Genève. C’est la panique…

Les habitants de Chêne-Bourg n’ont que 15 secondes pour courir aux abris, ceux de Plainpalais ont à peine 45 secondes. Les mères attrapent au vol leurs enfants effrayés par les sirènes d’alarme, qui hurlent jour et nuit. Les personnes âgées et malades ne peuvent pas descendre… Toute la ville est paralysée, personne ne va au travail ni à l’école, on vit dans la terreur d’une prochaine attaque […].

Comment pourrions-nous supporter cette situation sans réagir? Qu’attendrions-nous de nos autorités, de notre armée? De nous défendre, évidemment! Ce n’est pas seulement son droit, c’est son obligation première. Mais comment donc notre armée s’y prendrait-elle pour mettre fin aux attaques terroristes? Comment combattre les terroristes qui mettent leurs lance-missiles sur les toits des écoles, des hôpitaux, et dans les quartiers les plus peuplés? […]

Quel serait le dilemme de nos généraux, le drame de nos fils-soldats envoyés dans cette guerre, à tirer sur des civils, à aller à pied dans les tunnels de la terreur? Et si les fanatiques refusaient toutes les propositions de cessez-le-feu, malgré leurs victimes, sachant que leurs morts joueront en leur faveur dans l’opinion publique?

Comment mener une telle guerre? Ce qui est impensable chez nous est pourtant une réalité quotidienne en Israël. De quel droit pouvons-nous les juger depuis notre Suisse paisible? […]

Les Enfants de Gaza

[…] Gaza, encore Gaza, toujours Gaza. Je sais, en Syrie, c’est aussi la guerre, c’est aussi l’horreur. Mais sur la bande de terre maudite qu’est Gaza, le calvaire dure, lui, depuis des années et des années et des années… A force, le temps pèse sur les esprits. Qui ne deviendrait pas fou? Deux millions de personnes entassées dans une prison à ciel ouvert, piégées comme des rats et bombardées dans un perpétuel remake dont nul ne voit la fin.

Fondée en 2010, apolitique et areligieuse, notre association récolte des fonds pour venir en aide aux enfants de Gaza. Le 11 décembre 2011, nous avons invité à venir nous parler, à Genève, le grand «indigné» qu’était Stéphane Hessel. Ce diplomate français à la retraite, ancien résistant et pacifiste dans l’âme, n’avait pas hésité à traîner sa petite valise à roulettes sur les cailloux de la malheureuse Gaza, pour aller y voir de lui-même, à 94 ans. Comment ne pas croire à la sincérité d’un tel homme? Les 700 personnes accourues pour l’entendre ne s’y sont pas trompées. J’ai vu bien des yeux s’embuer.

Cher Stéphane, le 27 février 2013, vous nous avez quittés, vous avez dit adieu à la folie des hommes contre laquelle vous avez tant lutté. Que penseriez-vous de «votre» Gaza aujourd’hui?

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