L’école de Charter Day, dans la petite ville de Leland, en Caroline du Nord, a récemment été le terrain de jeu d’une drôle de guerre: une guerre des pantalons. Trois écolières se sont rebellées contre le fait de devoir porter des jupes. Elles ont porté plainte contre leur école et ont gagné. Certes, la bataille judiciaire a été longue – près de trois ans! Mais, au final, elles sont ravies de pouvoir enfiler des pantalons.

Anodin, comme la curieuse «guerre des toilettes» qui a récemment agité les Etats-Unis? Pas vraiment. D’ailleurs, la «bathroom dispute» déclenchée par Gavin Grimm ne l’est pas non plus. L’ado transgenre – né fille, il est devenu garçon – milite pour que les écoliers comme lui puissent aller dans les toilettes qui correspondent à leur nouvelle identité sexuelle. Son combat met plus largement en évidence les discriminations dont les transgenres sont victimes aux Etats-Unis, alors que le président Trump a pris des mesures en leur défaveur.

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Mais revenons à Charter Day: l’histoire des pantalons n’a rien d’une coquetterie. Coachées par leurs parents et soutenues par la puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), les fillettes ont prouvé qu’elles étaient victimes d’un comportement sexiste et que leur corps n’avait pas à être sexualisé de la sorte. «Les plaignants ont démontré que les filles sont sujettes à des restrictions vestimentaires qui les empêchent de jouer librement durant la récréation, impliquent qu’elles surveillent constamment leur posture, au point de les distraire des enseignements prodigués en cours, et les soumettent au froid, ou au port inconfortable de plusieurs couches de collants lors des mois d’hiver. La défense n’a fourni aucune preuve qu’un tel fardeau existe pour les garçons», a souligné le juge dans son verdict.

Le monde à l’envers? D’habitude, le débat se concentre plutôt sur la longueur des jupes, l’envie d’interdire les shorts et les leggins trop moulants, la chasse aux bretelles qui auraient l’outrecuidance de s’échapper de jolis petits hauts. Le moindre millimètre de peau nue jugé indécent est traqué et l’«hypersexualisation» des filles scrutée dans ses moindres recoins. Dans une école de Floride, une élève a même été grondée l’an dernier pour ne pas avoir porté de soutien-gorge: elle a dû cacher ses tétons avec des morceaux de scotch, afin d’éviter de «distraire» les garçons. Alors, oui, tout cela rend la longue bataille judiciaire par laquelle ont dû passer des écolières de Charter Day pour avoir le droit de couvrir leurs jambes d’autant plus incompréhensible. Non?

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