Il y a quelque chose de pathétique à voir le ministre de la Défense Ueli Maurer en appeler aux mânes du général Guisan pour répondre à la désorientation et à la déprime de l’armée.

Comme si l’appel à l’esprit du Réduit national allait fournir au pays les armes pour maîtriser les nouvelles menaces: le terrorisme, l’insécurité énergétique, les catastrophes écologiques, les déséquilibres économiques, les attaques cybernétiques et l’effondrement de nos certitudes.

Notre capitaine Zangra peut toujours scruter la plaine d’où l’ennemi tarde décidément à venir. Car l’ennemi est là. Virus, vers, chevaux de Troie, ils squattent réseaux informatiques, ordinateurs, systèmes de communication, logiciels de commandement.

Toujours prête pour le moins probable, la Suisse a investi des milliards pour se protéger d’une hypothétique guerre nucléaire. Alors qu’au bout du monde un cyber-vandale, un groupuscule terroriste ou une agence étatique peuvent à tout moment faire s’effondrer nos infrastructures sans prendre de risque.

La menace informatique est bien plus présente et potentiellement grave que le risque militaire, disent les spécialistes de la Défense. Par rapport à nos voisins européens, la préparation de la Suisse est clairement insuffisante. «Depuis dix ans notre état de préparation n’a pas évolué», admet l’officier chargé d’envisager ce type de défense. Manque de personnel et de moyens. Manque de volonté politique surtout.

La Suisse dépense 4 milliards par an pour entretenir, notamment, des chars et de l’artillerie qu’on ne sait vers quel ennemi diriger. La sûreté informatique nécessiterait 400 millions, avec des retombées économiques immédiates.

C’est oublier que l’armée de milice, dans l’esprit d’Ueli Maurer et de l’UDC, est d’abord un mythe identitaire, un instrument au service d’une vision politique, celle du national-conservatisme.

Et puis, la guerre informatique est une guerre sans uniforme. Cela a beaucoup moins de gueule que de défiler au son des cors et des buccins.

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