Le vent qui souffle depuis deux années sur Bagdad s'apprête à faire le ménage à New York. Il a déjà propulsé le mot réforme en haut de l'agenda d'une organisation dont la puissance et les limites sont celles des Etats membres. Et en particulier celles des actuels membres permanents du Conseil de sécurité – Etats-Unis, Grande-Bretagne, Chine, France, Russie – dont l'histoire retient surtout les veto, c'est-à-dire la capacité à empêcher toute décision contraire à leurs intérêts, ou à leurs objectifs.

Ce vent, le secrétaire général des Nations unies est bien placé pour savoir d'où il souffle, et ce qu'il porte en lui d'élan déstabilisateur. Les réformes qu'il s'apprête à défendre lundi en sont la conséquence, même si le rapport des sages présenté en décembre a allumé officiellement la mèche. Pour avoir refusé d'entrer dans la logique de guerre américaine en Irak, pour avoir défendu jusqu'au bout le travail de ses inspecteurs partis à la recherche des prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, Kofi Annan s'est retrouvé pris dans la bourrasque.

L'homme parlait jusque-là de paix. Le voilà qui parle maintenant des conditions requises pour autoriser la guerre, voire pour déclencher un conflit préventif. On saluera la volonté de rupture avec une ONU faible qui, de la Bosnie à l'Irak en passant par le Rwanda, a démontré qu'elle ne savait pas imposer la paix. Mais cette réforme aura un prix. Même armée, même bardée d'arguments juridiques et de nouvelles définitions, comme celle proposée sur le terrorisme, l'ONU ne pourra jamais faire l'économie d'une négociation politique sur l'intervention militaire qu'elle s'apprête à mener. Surtout si celle-ci vise à éradiquer une soi-disant menace. Prétendre allier la guerre à la vertu peut être porteur d'espoir. Mais il y a, dans cette promesse, un mensonge aussi tragique que la faiblesse si décriée de l'organisation. On se réjouit pour ceux que l'ONU ira peut-être enfin, un jour, libérer au Darfour ou au Congo parce que le Conseil de sécurité l'aura décidé. Et l'on pleure pour ceux, de Pékin à Grozny, qui demeureront hors d'atteinte de ses Casques bleus.

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