Peter Piot, le directeur d’Onusida entre 1995 et 2008, raconte son entrevue avec Wen Jiabao, premier ministre chinois à l’époque des grands ravages du sida, dans les années 2000. Le microbiologiste était invité à dire ce que la Chine devait faire pour lutter contre le virus. «J’avais dix secondes pour réfléchir. Allais-je rester diplomatique ou devais-je dire la vérité? Mon hésitation a dû se voir sur mon visage. Wen Jiabao m’a dit: «Oubliez qui je suis, oubliez que nous sommes le Parti communiste. Dites-moi ce que vous pensez et je verrai ce que je peux faire.» Peter Piot affirme lui avoir conseillé une gestion plus transparente de l’évolution de l’épidémie et de travailler avec les plus vulnérables, y compris les personnes droguées et les travailleurs du sexe, plutôt que de les mettre en prison. Après cette rencontre, dit-il, la politique chinoise a changé.

Les pouvoirs s’adaptent

Une épidémie, c’est comme une guerre: les préoccupations dominantes en temps de paix s’effacent devant l’urgence des mesures à prendre pour la survie. Les pouvoirs s’adaptent, même le Parti communiste chinois. L’efficacité de la lutte prime tout autre calcul, quels que soient les inconvénients privés et publics ou les pertes financières, même colossales, qu’elle occasionne.