I dä Beiz

Guillaume Tell, défenseur des homosexuels

Le prêtre de Bürglen (Uri) a été prié de quitter ses fonctions après avoir béni un couple homosexuel. Dans le village natal de Guillaume Tell, à 92% catholique, personne ne semble se réjouir de cette mise à pied décidée par l’évêque de Coire

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Guillaume Tell, défenseur des homosexuels

Ce qui se diten Suisse alémanique, par notre correspondante à Zurich

C’est donc le village natal de Guillaume Tell. Logé au pied d’une vallée uranaise, Bürglen a consacré un musée, un restaurant et des peintures murales à cette figure légendaire.

En octobre dernier, le paisible bourg a été le théâtre d’un nouvel acte héroïque: son prêtre a béni une union entre deux lesbiennes. «Après mûres réflexions» et avec le soutien du conseil de l’église locale, Wendelin Bucheli a invoqué la bienveillance divine sur ce couple «voulant cheminer avec Dieu», selon ses explications à l’Urner Wochenblatt. Il s’est surtout attiré les foudres du très conservateur évêque de Coire, qui l’a démis de ses fonctions.

L’avant-garde de la cause homosexuelle serait-elle incarnée par un village de 4000 âmes – dont 92% se disent catholiques – au cœur de la Suisse primitive?

Bürglen est le genre de localité rurale où vous ne trouvez pas de bistrot ouvert le lundi. Rencontrée à l’arrêt du car postal, une vieille dame marmonne des propos peu amènes à l’égard des homosexuels. Cela ne l’empêche pas de critiquer la décision de l’évêque de Coire, Vitus Huonder. «Notre prêtre est apprécié du village. Cela fait plus de 10 ans qu’il officie ici et tout le monde le connaît.»

«C’est l’évêché qui a un problème», renchérit un autre habitant emmitouflé. «Elle est vraiment mauvaise, cette décision», répète-t-il en secouant la tête. «Vous croyez que ça va être facile de lui trouver un remplaçant?»

Le porte-parole des autorités ecclésiastiques, sises aux Grisons, explique que cette bénédiction – qui contrevient aux prescriptions de la Conférence des évêques suisses – avait «fait du bruit au-delà des frontières et scandalisé beaucoup de croyants».

Les sites internet, d’origine française notamment, ne manquent pas pour saluer la décision de Vitus Huonder et fustiger l’acte du prêtre. Les internautes virtuels ne se privent pas non plus.

Autour des maisons de Bürglen, en revanche, point d’acclamation. Ce n’est pas la première fois qu’un prêtre ou un pasteur original ou précurseur (dans les Alpes vaudoises par exemple) est démis de ses fonctions par ses supérieurs hiérarchiques, au grand regret des fidèles.

Un responsable d’une mosquée alémanique me racontait dernièrement qu’«en Suisse, les communautés musulmanes sont à l’image du pays: totalement décentralisées. Dans chaque canton ou chaque commune, elles s’organisent à leur manière.»

C’est un risque, bien entendu… mais également une force, un attrait pour les fidèles. Et une indépendance qui ne déplairait pas aux disciples de Guillaume Tell.

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