Mikhaïl Chichkine continue de mener sa joyeuse enquête comparative sur la Suisse et la Russie. Après Dans les pas de Byron et Tolstoï (2005) et La Suisse russe (2007), l’écrivain exilé à Zurich consacre encore deux chapitres de son dernier livre* à regarder la Suisse avec son œil et son cœur de Russe. Ce qu’il voit, nous ne l’avons pas vu, ni pensé. Aussi vaut-il la peine de commencer l’année à sa suite, devant ce tableau de nous qui nous vient de lui.

Le retournement s’opère autour de nos deux monuments les plus célèbres, Le Lion de Lucerne et le Guillaume Tell d’Altdorf. «Depuis plus de deux siècles, le voyageur russe reste pensif face à cette idée d’immortaliser la mémoire des gardes suisses morts aux Tuileries en 1792 pour la défense du roi de France», écrit Chichkine. Il note la gêne d’Alexandre Tourgueniev lors de l’inauguration du monument. Le journaliste souffre d’avoir à dépeindre ce lion comme symbole de la «loyauté suisse» et «le point d’honneur du soldat». «Comprendre son honneur comme la loyauté à une convention passée, l’exécution du contrat signé, la soumission volontaire à un ordre établi et, en conséquence, l’empressement à mourir pour une solde journalière sont autant de choses qui dépassent l’entendement russe», commente Chichkine.