Revue de presse

Guy Parmelin, le conseiller fédéral «acratopège», selon les médias

«Bien dans ses bottes», le vigneron vaudois qui accède aux hautes sphères fédérales ne dit encore rien de sa pointure. Grosso modo, la presse attend de le «voir venir» et parle d’un «retour à la normale» qui place l’UDC devant ses responsabilités

«Voilà, voilà»: Le Matin a trouvé la formule qui fait mouche, cette expression bien vaudoise qui signifie à la fois l’impression d’être mis devant le fait accompli et le sentiment d’incertitude sur l’avenir qui en découle. L’UDC vaudois Guy Parmelin élu mercredi au Conseil fédéral, c’est peut-être, selon le quotidien lausannois, «une souris grise juste bonne à gérer ses dossiers» qui entre en scène, mais c’est «avec le temps que se révèlent les personnalités, que s’affirment les carrures. […] Ou pas.»

Lire aussi: Conseil fédéral: comment un Romand s’est retrouvé élu

Un certain scepticisme se fait donc jour dans la presse romande ce jeudi, qui attend «de voir venir», pour utiliser une autre expression du canton d’origine d'un nouveau ministre «qui ne déplaît à personne», dit La Gruyère. Même La Côte, quotidien de son fief, pense que c’est «un choix par défaut». Mais «un choix tout de même», qui fait du Bursinois «le premier conseiller fédéral de la région nyonnaise». C’est donc «historique», cette élection d’un homme «rassurant» et «fréquentable», avec «son bon sens terrien et son enracinement vaudois: voilà «des arguments décisifs».

Lire aussi: Quel sera le grand récit de Guy Parmelin? (éditorial)

Même constat pour 24  Heures, qui chante «Un nouveau jour se lève», l’hymne du pays de Vaud. Chantons, donc, car «réduire l’élection de M. Parmelin à un hasard de circonstance serait une injustice crasse»: «L’homme est compétent, intelligent, doué d’un sens politique et d’une pâte humaine qui en font un interlocuteur solide, fiable et réfléchi.» Oui, «parfois, les tournants ont un air bonhomme» et, nolens volens, il se voit paré des «attributs d’un arc lémanique dont il n’est pas le représentant archétypal».

«Avec Guy Parmelin, nous sommes loin des diatribes et des positions extrêmes d’un Christoph Blocher», ajoutent L’Express et L’Impartial, qui trouvent qu’il n’y a pas eu «de coup fourré sous la Coupole», où a été choisi un homme avec «des nuances, une rondeur et une façon de défendre ses idées (...) de bon augure pour la cohésion» du gouvernement. Mais faut-il craindre que lui soit promis un destin de «demi-conseiller fédéral», décrété une nouvelle fois par les «hommes de Christoph Blocher»? Cela permettrait au parti de poursuivre son «jeu fétiche» consistant à louvoyer entre l’opposition et le gouvernement.

«Ses airs d’édile pastoral»

De son côté, L’Agefi se souvient que, malgré «ses airs d’édile pastoral», le Vaudois s’engage depuis douze ans au niveau fédéral, ce «qui n’est donc pas celui du Suisse romand alibi». Selon le quotidien économique, il doit son élection davantage à son expérience comme président de la commission de la sécurité sociale et de la santé qu’à ladite malléabilité de son caractère: «Ce qui devait arriver arriva, à force de ne pas vouloir ceci, de ne pas vouloir cela pour ne pas avoir Blocher, le diable, ni l’empire du mal: l’arc lémanique, ses technologies, ses multinationales, ses zones urbaines de gauche, son légendaire esprit d’ouverture seront représentés au Conseil fédéral par un sympathique et inoffensif agrarien.»

«Le choix de l’Assemblée fédérale exprime l’attachement des forces politiques du pays à la concordance arithmétique», estime pour sa part Le Quotidien jurassien, dont on aime la conclusion optimiste: «Le cheval le plus fringant de l’écurie n’est pas forcément le meilleur sous le collier.» Ce qui inquiète Le Courrier de Genève, jugeant qu'«avec deux UDC et deux PLR qui s’accordent sur un nombre croissant de sujets, quelle marge restera-t-il aux deux socialistes dans ce collège?» Pour lui, «les quatre ans à venir réservent un champ de mines à la gauche. […] Le retour début 2016 des débats sur l’«immigration de masse» […] en sera l’avant-goût, suivis de ceux sur les criminels étrangers.»

Gentil, mais inflexible

«Le gentil aux commandes», titre la Tribune de Genève: elle affirme que «tout est rentré dans l’ordre au cours d’une matinée électorale à la limite du soporifique» et que «l’agriculteur de La Côte n’est pas un visionnaire capable de soulever des montagnes», mais un élu «inflexible sur les essentiels de son parti». En cela, «il tranche singulièrement» avec un Delamuraz, cet homme d’Etat d’origine vaudoise qui avait «imprimé une marque véritablement romande sur la politique suisse».

La «Julie» pense qu’avec «un remplacement de Mme Sommaruga à la tête du Département fédéral de justice et police», on assisterait «à un changement de régime drastique en matière de sécurité et d’immigration, notamment». Du coup, «Guy Parmelin risque de devoir très vite tester ses aptitudes à résister aux pressions des siens pour montrer qu’il a l’étoffe de sa nouvelle fonction», écrit le Journal du Jura.

«Médiocrité dorée»

A Fribourg, La Liberté – qui publie aussi la dépêche de l’Agence télégraphique suisse sur les relais dans la presse étrangère, du Spiegel au San Francisco Chronicle – précise que «le Vaudois n’a pas été porté aux plus hautes sphères du pouvoir par l’ascenseur social, mais par une forme de médiocrité dorée». Alors, «le troisième élu romand serait-il donc acratopège, comme l’on dit d’une eau sans qualité particulière?». On a affaire à «un homme normal pour un retour à la normale». «Un retour à la normale» pour «le pays tout entier», selon le Corriere del Ticino.

«Quand les attentes sont si basses, celui qui les porte ne peut, comme disent les voisins vaudois, que décevoir en bien», juge de son côté Le Nouvelliste: «Le vigneron de Bursins est un homme de la terre, bien dans ses bottes. Des bottes dont on ignore pour l’instant la pointure.» En résumé, «l’homme est bon, le politicien pas encore brillant», mais «on assiste au retour de l’intelligence émotionnelle au pouvoir».

La presse alémanique n’est pas moins sceptique: «Beaucoup se moquent de Guy Parmelin et le considèrent comme médiocre, peu inspiré et ennuyeux», écrit le Bund. «Mais il entrera peut-être un jour dans les livres d’histoire pour avoir été un conseiller fédéral ayant contribué à l’apaisement de la politique suisse». Ainsi, «l’UDC a maintenant le devoir de présenter des solutions, de trouver des compromis et de créer des majorités», indique la Berner Zeitung.

Fini les lamentations!

L’UDC a récolté ce qu’elle cherchait depuis longtemps et a maintenant le pouvoir de détromper ceux qui se disent inquiets par sa radicalisation, note de son côté le Tages-Anzeiger. Le quotidien zurichois appelle la formation politique à participer aux chantiers actuels absolument indispensables à la Suisse en tant que force constructive, et non dans un esprit d’opposition. Ces trois journaux relaient la volonté des autres partis de voir le Vaudois revêtir les habits de ministre de Justice et Police.

Même son de cloche du côté de la Neue Zürcher Zeitung: «Les lamentations incessantes de l’UDC sur le dos des autres partis doivent dorénavant cesser». Il n’est plus question de se saisir des armes de l’opposition, référendums et initiatives. C’est ce qu’elle appelle – en français dans le texte – le retour du «Courant normal». Quant à la très droitière Basler Zeitung, elle prédit pour sa part «des temps à venir très exigeants» pour l’UDC. Avec son nouveau poids au gouvernement, le parti «portera la responsabilité de tout ce qui ne fonctionne pas», estime-t-elle.

Au Tessin, enfin, La Regione publie le selfie que Norman Gobbi, le candidat refoulé outre-Gothard, a réalisé, avant de rentrer chez lui, en compagnie des deux conseillers fédéraux UDC:

Publicité