Le fédéralisme est un élément essentiel de notre système politique. S’il permet de prendre en compte les intérêts locaux, il implique aussi que le peuple n’élit pas l’ensemble des membres des deux chambres fédérales, à qui il revient de nommer le Conseil fédéral, mais uniquement ceux de son canton. Ainsi, pendant chaque campagne électorale, deux mots se promènent dans toutes les bouches: «intérêt cantonal». Mais comment définir l’intérêt d’un canton, d’une région ou de la Suisse romande, quand les habitants ne partagent pas tous la même vision des priorités et du développement souhaité? Au terme d’un bras de fer politique qui oppose des projets de société différents, chaque Conseiller national est élu selon son programme. S’il n’est pas aisé de distinguer l’intérêt supérieur d’un canton, cela devient vraiment difficile lorsqu’il s’agit de six cantons, autrement dit de la Suisse romande.

On ne peut oublier que c’est en sa qualité de membre de l’UDC, certifié conforme, que M. Parmelin a accédé au Conseil fédéral. Il représente en effet le retour de deux UDC dans notre gouvernement, selon les conditions posées par ce parti. Celui-ci a donné sa bénédiction à trois candidats et a proscrit à tout autre membre d’accepter une éventuelle élection. Il s’agit alors de savoir si les positions défendues par l’UDC et, partant, par M. Parmelin, représentent les intérêts de la majorité des Romands.

Un deuxième UDC n’est pas de bon augure pour la région linguistique francophone

Première clé de lecture: la représentation des Romands en Suisse romande. Un constat s’impose lorsqu’on analyse les résultats des élections fédérales. Avec le Tessin et Bâle-Ville, ce sont dans les six cantons romands que l’UDC affiche les résultats les plus bas. Dans les cantons du Jura, de Neuchâtel et de Vaud, le pourcentage que ce parti obtient est même inférieur à celui de 2011. Pas étonnant, dès lors, qu’un seul canton romand compte un Conseiller d’Etat UDC, le Valais. L’UDC recueille en effet une moyenne de 33% des suffrages dans les cantons alémaniques, contre 20,1% dans les cantons romands. En termes de représentativité et de défense des tendances de la seule Suisse romande, un deuxième UDC n’est donc pas de bon augure pour notre région linguistique.

Plus que l’origine linguistique compte le projet politique

Seconde clé de lecture: les résultats de quelques votations qui ont marqué la dernière législature. Deux initiatives ont mis particulièrement en lumière le Röstigraben, l’initiative sur l’immigration de masse et l’initiative pour une caisse maladie unique. La première, déposée par l’UDC et défendue avec conviction par M. Parmelin qui fait partie du comité d’initiative, a été largement rejetée dans tous les cantons romands. Contrairement à l’avis de la Suisse romande, cette initiative a été adoptée et pose désormais les problèmes que l’on sait. La seconde initiative a obtenu le soutien des cantons romands, à l’exception du Valais et de Fribourg, avec un oui marqué sur l’arc lémanique. Enfin, un exemple qui concerne directement le dicastère de M. Parmelin, le référendum contre l’acquisition de l’avion de combat Gripen. Comme il s’agit d’un référendum, la majorité du peuple suffit pour l’emporter, ce qui a permis aux cantons romands, fortement opposés à cet achat, d’imposer leur point de vue.

Cet alignement de chiffres est quelque peu rébarbatif, mais il montre bien que, plus que l’origine linguistique, compte le projet politique.

Guy Parmelin osera-t-il braver ses tropismes?

En élisant un second UDC au sein du Conseil fédéral, considéré par beaucoup comme «le plus petit dénominateur commun» compatible avec la ligne stricte de ce parti, l’Assemblée fédérale a d’abord renforcé le poids de l’UDC dans notre gouvernement.

Pour soutenir la Suisse romande, M. Parmelin bravera-t-il son parti et tapera-t-il du poing sur la table du Conseil fédéral pour assurer la libre circulation des personnes, offrir la possibilité aux cantons de développer des caisses maladie publiques ou encore permettre une meilleure utilisation des deniers publics en renonçant à l’achat d’onéreux matériel militaire?

Lire également l'opinion du secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier

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