Société

Hans Küng envisage de choisir sa mort, en croyant

Le théologien catholique Hans Küng explique pourquoi il envisage de recourir au suicide assisté

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Choisir sa mort, en croyant

Contempteur du dogme de l’infaillibilité papale, critique parfois acerbe du Vatican, le théologien suisse Hans Küng n’en est pas à sa première divergence avec Rome. Promoteur d’une «éthique planétaire» à partager avec les croyants – et les incroyants – d’autres convictions, il a déjà pris position par le passé contre l’interdiction sans nuance opposée par la Curie au suicide assisté. Pourtant, il y a deux ans, au moment de rédiger à l’âge de 85 ans le dernier tome de ses mémoires, il a encore réussi à soulever les passions. Revenant sur la question de la mort choisie, il a précisé l’envisager pour lui-même. Atteint d’un Parkinson – la maladie qui a emporté Jean-Paul II au terme d’une dégradation largement médiatisée – il n’entend pas en passer par la déchéance intellectuelle ou, au-delà d’un certain point, physique. La prise de position était personnelle, les réactions l’ont été aussi: soutien des uns, déception amère des autres. Il répond à ces derniers dans ce petit livre.

Composé de textes rassemblés à la suite de la retranscription d’une interview télévisée, l’ouvrage se concentre sur la compatibilité de la «bonne mort» avec un engagement chrétien. C’est bien, argumente l’auteur, sa foi dans la vie éternelle qui lui permet d’envisager sereinement de mettre fin à sa vie terrestre au moment où cette dernière cessera de coïncider avec son idée de la dignité.

Cette position n’est pas que théorique. Elle s’appuie sur deux expériences particulièrement douloureuses. Le frère du théologien est décédé d’un cancer à l’âge de 23 ans, les poumons pleins d’eau depuis des semaines. Et son ami Walter Jens, avec lequel il a cosigné dès 1995 un livre sur le même sujet, s’est enfoncé dans la démence à la fin de sa vie. Le plaidoyer est encore étayé par une réflexion sur les changements apportés aux réalités entourant la mort par les développements de la médecine et de l’espérance de vie. Il passe enfin par la remise en cause d’un élément central du discours chrétien: la conviction dans la valeur rédemptrice – et donc dans le sens – de la souffrance, avilissement y compris.

Le sacrifice du Christ, fait-il valoir, est unique et ne peut pas être répété – l’occasion de jeter une pierre dans le jardin de son vieil adversaire, Jean-Paul II, qui a mis son agonie en scène comme une forme de Passion. Les humains sont invités à suivre le message du ­Messie, non son exemple. Et, créés libres, ils doivent faire pour cela usage de leur libre arbitre. Leur reconnaître le droit de choisir, vers la fin, leur moment pour mourir n’équivaut pas à justifier toutes les formes de suicide et encore moins l’euthanasie imposée.

C’est au fond un geste de confiance en Dieu, un Dieu auquel le théologien refuse d’imputer la création d’un enfer.

Sylvie Arsever

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