Durant cette campagne présidentielle américaine, les tenants des systèmes autoritaires de tout poil auront pu accumuler assez d’images pour nourrir durant les décennies à venir leur propagande antidémocratique. Voilà ce que l’on pouvait se dire au terme du second débat «politique» entre Donald Trump et Hillary Clinton visionné par des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde entier. Les mensonges, la mauvaise foi, l’ignorance, l’opportunisme et la vulgarité du candidat républicain plongent les Etats-Unis dans les tréfonds du populisme le plus abject.

Non, jamais auparavant l’idéal politique, dans un cadre démocratique, n’avait pareillement été rabaissé. L’Europe avait bien connu les années Berlusconi, précurseur à maints égards du trumpisme. Mais, face aux sceptiques de l’ordre démocratique, on pouvait toujours se retrancher derrière l’argument d’un élève turbulent au sein d’une famille européenne solidement arrimée à ses valeurs. Cette fois-ci, on voit la première puissance démocratique prête à basculer vers l’arbitraire, avec un candidat qui se croit au-dessus des lois puisqu’il parle déjà de faire emprisonner son opposante lorsqu’il sera président.

Que répondre à un Chinois ou un Russe?

Alors on devine déjà les prochains clips du parti communiste chinois – et de ses thuriféraires plus proches de chez nous – pour décrire le chaos auquel abouti inévitablement le «système occidental». Comment répondre désormais aux critiques de la démocratie qui l’accusent de favoriser l’émergence du populisme, d’être à la solde des puissances de l’argent, d’inscrire ses politiques dans le court terme et de favoriser l’ascension des médiocres?

Combien de fois ai-je argumenté, face à des officiels chinois, russes ou tout autre tenant des pouvoirs forts pour démontrer la supériorité du système démocratique – loin d’être parfait, loin d’être unique – en évoquant la force de l’alternance et de la sanction des urnes, de la séparation des pouvoirs, de la supervision des médias, de la stabilité et de la prévisibilité plus grande des institutions ancrée dans l’État de droit?

Qu’est-ce que je vais répondre au prochain diplomate chinois qui me parle de Trump? Que dire au prochain soutien de Poutine qui me renvoie aux petites phrases de François Hollande dans un livre-confession affligeant qui rabaisse comme aucun chef d’État avant lui la fonction présidentielle? Comment défendre les Philippines – qui furent un temps un exemple démocratique en Asie – alors que leur président, plus populaire que jamais, flingue par milliers les délinquants de la drogue, insulte le pape, les chefs des États démocratiques, les droits de l’Homme et l’ONU, et rêve d’une nouvelle alliance avec Pékin et Moscou?

Disqualification d’un système

On peut se rassurer, Donald Trump ne sera sans doute pas le prochain président des Etats-Unis, le rappel de ses agressions sexuelles devant précipiter sa chute. Mais, entre-temps, il n’y a pas que les Américains qui auront été affligés par le spectacle qu’a offert le milliardaire durant une année. Les démocrates du monde entier, de gauche ou de droite, ne peuvent que regretter une régression politique qui disqualifie tout un système. Aux Etats-Unis, comme en Europe ou en Asie, de plus en plus de leaders des camps démocratiques semblent se faire hara-kiri.

Vendredi, militant pour Hillary Clinton afin de sauver son propre héritage politique, Barack Obama affirmait que dans cette présidentielle c’est bien la démocratie qui est en jeu. Rien de moins. Cette fois-ci ce n’est pas qu’une formule de campagne.

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