Comment protéger efficacement la jeunesse contre les nouveaux médias? Cette question anime fréquemment l’espace public, tant la problématique de l’exposition toujours plus forte des enfants et des jeunes à la violence, que ce soit par le ciné­ma, les jeux vidéo ou Internet, nous préoccupe.

Le Conseil fédéral a adopté, le 25 mai 2009, un rapport intitulé «Les jeunes et la violence – pour une prévention efficace dans la famille, l’école, l’espace social et les médias». Il propose notamment de renforcer la protection des enfants et des jeunes en matière de médias, en améliorant l’offre d’information et d’éducation à ces derniers, tant pour les jeunes que pour les parents.

C’est exactement la voie qu’a suivie le canton de Vaud depuis dix ans déjà, en partenariat avec le canton de Genève et les autres cantons romands. Pour protéger efficacement la jeunesse, il a institué un Organe cantonal de contrôle des films. Ce dernier est chargé de fixer, sur des bases connues et reconnues, les âges d’accès aux différents films et de compléter l’information des parents par l’indication d’un âge suggéré, d’une analyse détaillée de chaque film, ainsi que par la publication des indications ou contre-indications d’un film du point de vue de la protection des mineurs (http://filmages.vd.ch). L’ensemble des cantons romands reprend ensuite ces décisions.

Le canton de Vaud a également fait œuvre de pionnier en Suisse lorsque, en 2006, il a imposé que des âges soient indiqués sur les emballages des DVD et jeux d’ordinateur en vente ou en location. Les commerçants ont l’interdiction de les mettre à la disposition de personnes qui n’ont pas l’âge indiqué. Grâce à la législation vaudoise, une étiquette mentionnant les âges de location ou de vente figure désormais sur une grande majorité des DVD et jeux vidéo vendus en Suisse. Un système économique, fiable, utile et harmonisé pour toute la Suisse romande!

Alors que la loi vaudoise a été élaborée en collaboration avec les exploitants de salles de cinéma, l’industrie des distributeurs de cinéma et de vidéogrammes est la seule à n’en être pas satisfaite. Elle a ainsi entrepris de convaincre les cantons alémaniques d’harmoniser l’ensemble des âges d’accès au cinéma sur le plan suisse. Jusque-là, on ne peut qu’applaudir des deux mains! Tout se gâte cependant lorsqu’on examine le détail du projet de convention que l’industrie du cinéma entend passer avec la Conférence des directrices et directeurs des départements de justice et police (CCDJP).

Première surprise: on renonce à mettre sur pied un concordat intercantonal et on se contente d’un simple contrat entre la CCDJP et l’industrie du cinéma. Bien que ce contrat soit sans véritable valeur juridique pour les cantons, ceux-ci devraient être contraints d’abroger leurs lois en la matière dans les plus brefs délais. Un tel diktat, qui plus est en dehors de toute légitimité démocratique, est tout simplement inacceptable.

Seconde surprise: on instaurerait une commission nationale, financée, gérée et administrée par l’industrie du cinéma, dont le rôle se bornerait pratiquement à entériner les propositions émanant de cette même industrie du cinéma, ou de l’organisme qu’elle a constituée à ces fins en Allemagne.

Troisième surprise: les paliers d’âges proposés (0/6 /12/16/18 ans) sont beaucoup trop espacés; les différences de maturité des enfants sont extrêmement fortes à ces âges! Le projet de convention prévoit même qu’un enfant peut voir le film dès qu’il a atteint l’âge correspondant au palier inférieur, s’il est accompagné d’un représentant légal. Ainsi, par exemple, un enfant de 6 ans pourrait aller voir Casino Royale (âge 12 ans pour l’organisme allemand FSK), alors que, dans le canton de Vaud, ce film n’est accessible qu’à partir de 14 ans (12 ans révolus si l’enfant est accompagné d’un parent) et l’âge suggéré est de 16 ans. De qui se moque-t-on?

Quatrième surprise: l’information du public passe à la trappe, et on ne s’occupe ni des vidéogrammes, ni des jeux d’ordinateur. Sous prétexte qu’il est difficile de réglementer Internet, on renonce à faire ce qu’on peut pour éviter que des mineurs n’acquièrent des DVD douteux à l’insu de leurs parents!

Il est pourtant possible d’arriver à une harmonisation sur le plan suisse par des solutions simples, pragmatiques, éprouvées et libres d’intérêts financiers. Plutôt que de réinventer la roue, il suffirait d’élargir les compétences des commissions existantes ou de constituer trois commissions régionales (Suisse romande, Suisse alémanique, Suisse italienne) dont les décisions seraient reprises sur l’ensemble du territoire national. Cela à moindres frais et sans que les prestations offertes au public romand depuis plus de dix ans ne partent en fumée.

L’harmonisation des âges d’accès aux films et aux vidéogrammes doit se faire dans l’intérêt de la protection de la jeunesse, et donc de la société tout entière. Ce n’est pas trop demander!

Le canton de Vaud a imposé que des âges soient indiqués sur les emballages des DVD et jeux vidéo en vente ou en location

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