La problématique de la faiblesse du dollar, désormais qualifiée d’«inacceptable» par le président français, Nicolas Sarkozy, n’est pas nouvelle. Elle revient sur la table depuis des années à toutes les rencontres des ministres des Finances du G8, au cours desquelles le secrétaire américain au Trésor réitère invariablement «son engagement en une devise forte»… tout en dévaluant en douceur le billet vert. Washington parvenait jusqu’ici à éluder la question en désignant la Chine comme principal coupable des désordres. Afin de maintenir un puissant avantage compétitif, Pékin a couplé le yuan au dollar, bloquant ainsi sa monnaie nationale à un niveau bien inférieur à celui qu’elle aurait dans un régime de changes flottants.

La vraie nouveauté du discours de Nicolas Sarkozy tient dans la remise en cause désormais proclamée du caractère hégémonique du billet vert. Le président français promet de faire d’une réforme du système monétaire mondial l’un de ses principaux chevaux de bataille en 2011, lorsqu’il présidera le G20. Il devrait a priori bénéficier de l’appui de la Chine, qui s’agace elle aussi de la dégringolade du dollar.

Reste à savoir si ces paroles – certes fort plaisantes pour l’électorat français – seront, et surtout pourront être, suivies d’effets. Créer ex nihilo un monde multimonétaire n’ira pas sans risque. L’euro pourrait en ressortir totalement déstabilisé.

La vigueur actuelle de cette devise est en outre bien loin d’être gravée dans le bronze. Des gourous financiers comme Marc Faber prédisent un retour de flamme du billet vert déjà cette année.

Et puis n’oublions pas que la monnaie unique n’en est qu’aux prémices de sa véritable épreuve du feu, alors que de nombreux Etats de la zone voient leur dette exploser. Les critères dits de Maastricht ne sont plus du tout respectés. La Grèce a déjà beaucoup inquiété les marchés, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, voire l’Italie, pourraient être les prochains épisodes de cette série à suspense.