Du bout du lac

Quand Harvey rencontre sa lie

Notre chroniqueur, turlupiné, revient sur l’affaire du magnat qui était tout, et qui n’est plus rien

Après DSK et Bill Cosby, la planète s’est trouvé un nouveau méta-salaud: Harvey Weinstein. Producteur hollywoodien jusque dans le double menton, prédateur sexuel, agresseur, violeur présumé, d’ores et déjà promis à une place de choix au panthéon des dégueulasses. A mesure que ses célèbres victimes, présumées elles aussi, sortent du silence, Harvey s’enfonce dans l’opprobre en mondovision.

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La chute est vertigineuse. Comme l’impunité dont jouissait le magnat quand il ne jouissait pas d’autre chose. The Weinstein Company. Un blason, un pouvoir sans limite, une fortune colossale. Harvey était tout, il n’est plus rien. Lâché par ses amis, par sa femme et bientôt traîné en justice, le méta-salaud paie aujourd’hui pour les millions de petits salauds qui – ici, ailleurs, partout – battent, insultent, violent ou intimident autant de victimes anonymes. Rançon de la célébrité: Harvey Weinstein n’est pas un violeur présumé, il est tous les violeurs du monde.

Pourtant, trois petites choses me turlupinent. La première est d’ordre narratif. Un gros producteur en smoking abusant des plus belles actrices du monde dans des suites de palaces, jusque sur la Côte d’Azur: l’affaire ressemble à un très mauvais film. Tout est vrai, pourtant, et parfaitement sordide. Mais tout sonne faux. Gérard Depardieu n’aura plus qu’à se glisser dans le juteux navet qu’Abel Ferrara consacrera au scandale, et tout sera oublié avant la fin du générique.

Tout le monde complice

La deuxième est morale. Il ne s’agit pas de la seule déviance d’un homme, nous explique-t-on, mais de celle d’un système. Tout le monde savait, paraît-il, mais tout le monde se taisait. Loi du silence, omerta, big business. D’accord. Mais si tout le monde savait, alors tout le monde est complice. Les mâles, bien sûr, que la rumeur faisait rigoler, mais aussi celles qui se souviennent aujourd’hui avoir souffert hier. Tous sexes confondus, Hollywood s’est tu pour ne pas perdre son job. Ben Affleck est accusé d’avoir su et de n’avoir rien fait? De toute évidence, Ashley Judd savait aussi, et n’a rien fait non plus.

La troisième est anticipatrice. Asia Argento, Rosanna Arquette, Ashley Judd, Judith Godrèche, Emma de Caunes, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie: la liste (non exhaustive) des victimes présumées d’Harvey Weinstein ferait rêver tous les directeurs de casting. La nature humaine étant ce qu’elle est, il n’est pas exclu qu’une starlette en mal de reconnaissance ait un jour envie d’intégrer cette Olympe outragée. En toute bonne logique, les fausses accusations viendront donc bientôt se mêler aux vraies.

Alors, le doute s’installera. Pour le désespoir de celles et ceux qui savent que l’affaire Weinstein n’est pas une fiction.


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