L’été meurtrier

Haut les corps (pour culpabiliser les grassouillets)

Chaque lundi de l’été, notre chroniqueuse raconte ses galères et ses couacs de la belle saison

L’été dernier, le plagiste à qui j’ai commandé chaque après-midi mon banana split affichait le parfait beach body version mâle: torse gonflé en salle et à la poudre protéinée, le tout bien sûr servi sans t-shirt. Combien de vacanciers obligés d’affronter leurs propres bourrelets a-t-il précipité dans les bonnes résolutions corporelles estivales? Mystère. Mais sous prétexte qu’on a quinze jours à tuer, il faudrait rattraper onze mois de sédentarité en se forgeant un corps volontaire et gagner quelques points de vie grâce à l’agitation.

Une amie sportive a longtemps vécu avec un féru de triathlon qui la traînait chaque été pendant les vacances sur des «ironman», la plus abominable épreuve de cette discipline déjà terrible. Ses congés à elle consistaient à le regarder s’entraîner, porter ses bouteilles d’eau et surjouer l’admiration dès qu’il franchissait la ligne d’arrivée, au milieu de compagnes résignées.

Elle bondit, on meurt…

Elle l’a quitté, mais a gardé la mauvaise habitude de vouloir convaincre ses copines que courir avec elle sur la plage devant le coucher du soleil leur ferait du bien. C’est surtout son ego qu’elle gonfle quand, au bout de 300 mètres sous 30 degrés, on la laisse majestueusement bondir vers l’horizon, pendant qu’on frôle l’infarctus.

«Dieu me préserve de mes amis, mes ennemis, je m’en charge», dit le dicton. Il semble encore plus pertinent durant la trêve estivale, quand vos proches s’ennuient tellement qu’ils veulent vous faire «découvrir les sept chakras». Ça doit être la mode: certains de mon entourage se sont mis à organiser des retraites de yoga estivales. Dès avril, je reçois des mails avec photos de la pension méditerranéenne où, avec l’enthousiasme des nouveaux convertis, ils donneront leurs cours trois fois par jour en août. C’est moins rude que le triathlon, mais le regain d’amitié a un prix: 800 francs la semaine en demi-pension. L'avion et les mojitos ne sont même pas compris.


Une précédente chronique: 9,1 sur Booking.com, une surprise à Agua Amarga en Andalousie

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