L’initiative dite «de limitation», qui sera soumise au peuple le 27 septembre prochain, exige du Conseil fédéral qu’il mette fin à l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE). Un oui à cette initiative signifierait la fin de l’actuelle voie bilatérale de la Suisse avec l’UE et menacerait, entre autres, deux accords bilatéraux essentiels pour les hautes écoles suisses. Deux accords dont les bénéfices pour l’ensemble de la population suisse sont directs et mesurables: celui sur la libre circulation et celui sur la recherche.

Ce vote est un vote sur l’avenir. Quels outils voulons-nous donner aux jeunes qui le construisent aujourd’hui?

Un emploi sur cinq

Grâce à la libre circulation, et au transfert de compétences qu’elle favorise, les jeunes Suisses et Suissesses ont la chance de pouvoir se former auprès de talents venus du monde entier, et en particulier de l’Europe. Etudiantes, étudiants, chercheurs et chercheuses peuvent aussi, grâce à la participation aux programmes de recherche européens, accéder librement aux innovations, aux idées et aux travaux scientifiques du continent pour répondre aux enjeux auxquels nos sociétés font face. Seule la participation à des équipes pluridisciplinaires et internationales permet d’apporter des solutions novatrices et efficaces aux problèmes globaux, qu’il s’agisse de développer un vaccin, de relever les défis du numérique ou du développement durable. C’est une question de masse critique et de compétences.

Le programme européen est le programme d’encouragement de la recherche et de l’innovation le plus important et le plus complet du monde

En raison de sa proximité, l’Europe est le partenaire qui génère les retombées les plus directes pour l’économie suisse. Dans le domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation, c’est aussi l’Europe qui, du point de vue culturel comme géographique, est notre partenaire naturel. Près de 50% des partenariats des groupes de recherche suisses sont établis avec l’Europe. Les programmes-cadres de recherche européens sont la deuxième source de financement public pour les chercheurs et chercheuses en Suisse et la plus importante source de financement public pour la recherche dans les PME suisses.

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L’appartenance de la Suisse à l’espace scientifique européen est par conséquent essentielle pour les hautes écoles, mais aussi pour le bien-être de la population et du pays. En Suisse, un emploi créé sur cinq l’est dans le domaine spécialisé et scientifique. Le succès des pôles d’innovation qui se développent autour des hautes écoles a un impact direct sur l’économie et il se répercute aussi sur la qualité de vie en Suisse, mesurée notamment en termes d’éducation, de santé et de mobilité. Enfin, une économie forte est aussi garante de la pérennité de l’Etat social et constitue le socle indispensable au développement d’une société plus durable, plus sociale et plus égalitaire.

Avenir scientifique

Le programme européen est le programme d’encouragement de la recherche et de l’innovation le plus important et le plus complet du monde. Il est à la fois source de compétition et de collaboration. A la suite de l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse» en 2014, la décision de la Suisse de ne pas étendre la libre circulation des personnes à la Croatie a provoqué l’exclusion des hautes écoles suisses des programmes de recherche européens et d’Erasmus +. Cette exclusion a causé un dommage à long terme: les chercheurs et chercheuses suisses ont perdu la possibilité de participer à des projets d’envergure et de les coordonner. Elle s’est également soldée, depuis 2014, par une perte de quelque 734 millions de francs de fonds d’encouragement de l’UE. Depuis lors, la Suisse ne participe plus que de façon indirecte à Erasmus +, pénalisant les étudiantes et étudiants qui n’ont plus accès à certaines universités ni aux récents développements du programme.

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L’avenir scientifique de la Suisse, un pays de quelque 41 285 km² situé au centre du continent européen, est étroitement lié au futur de l’Europe scientifique. Les accords bilatéraux sur la libre circulation et la recherche garantissent la meilleure participation possible de la Suisse aux programmes européens. Pour ne pas affaiblir l’Europe scientifique, pour renforcer la Suisse, nous recommandons de refuser l’initiative dite «de limitation».


*Collectif: 

Francesco Bee, coprésident de l’Union des étudiant-e-s de Suisse (UNES)

Astrid Epiney, rectrice de l’Université de Fribourg (UniFR)

Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève (Unige)

Nouria Hernandez, rectrice de l’Université de Lausanne (Unil)

Kilian Stoffel, recteur de l’Université de Neuchâtel (UniNE)

Luciana Vaccaro, rectrice de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO)

Martin Vetterli, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

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