Songeant au paysage universitaire suisse, on aurait pu rêver. A l'heure où Confédération et cantons veulent clarifier leurs missions à travers la péréquation financière, les enthousiastes pouvaient imaginer une démarche similaire dans le système, épouvantablement compliqué, des universités, des écoles polytechniques et des hautes écoles spécialisées (HES). Par exemple, la Confédération aurait pris en charge les cinq facultés de médecine, les universités ayant alors l'occasion de renforcer leurs sciences sociales et naturelles pour faire face à la concurrence nationale et internationale. Un mécanisme confédéral aurait appuyé les académies qui n'ont pas de médecine.

C'était bien un rêve. Afin, surtout, de ne pas froisser les cantons, le Conseil fédéral a choisi le remodelage le plus modeste, par le biais du pilotage des institutions: l'élargissement de l'actuelle Conférence universitaire suisse (CUS). La future instance est surnommée «CUS +», c'est dire le potentiel révolutionnaire de cette idée. Un ministre fédéral fera face à 14 conseillers d'Etat défendant chacun leur université et leur HES, autant d'oisillons se chapardant les budgets et les initiatives.

Les partisans de cette option soulignent que l'actuelle CUS a fait ses preuves, puisqu'elle a réussi l'implantation des titres de bachelor et master, et qu'au fond sa simple extension a le mérite de la faisabilité. En fait, le Conseil fédéral mise sur la carotte et le bâton des financements pour parvenir à ses fins et s'épargne ainsi l'exigence d'un nouveau souffle pour les hautes écoles de ce siècle naissant. Au XIXe siècle, lorsqu'ils façonnaient le paysage académique, les «pères fondateurs» de la Suisse moderne – des radicaux, au demeurant – avaient certes renoncé à leur fantasme d'université suisse. Mais ils s'étaient entêtés et avaient quand même créé l'Ecole polytechnique fédérale, une grande audace pour l'époque. Autres temps.

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