France

En Haute-Savoie, une chasse meurtrière provoque la colère

La mort d’un vététiste de 34 ans, samedi dans les environs de Morzine, relance les critiques contre la chasse, que certains voudraient interdire définitivement

Un chasseur qui se trompe de cible, et la battue se termine en drame. Samedi dans les environs de Morzine, en Haute-Savoie, la balade à vélo d’un Britannique de 34 ans a tourné court. Alors qu’il circulait en VTT sur un sentier en lisière de forêt, la balle d’un jeune chasseur de 22 ans lui a été fatale. Le tragique accident réveille la colère des détracteurs de la chasse, qui appellent à une interdiction de cette activité controversée.

L’après-midi du drame, la victime, installée aux Gets depuis quatre ans, circulait aux alentours de Montriond, dans le Chablais. Au même moment, l’association de chasse locale organisait une battue au gros gibier sur les hauteurs du village. D’autres chasseurs d’associations voisines étaient également invités. Parmi eux, l’auteur du coup de feu, qui a été hospitalisé en état de choc. Une enquête a été ouverte contre lui pour homicide involontaire aggravé par la brigade de recherche de Thonon-les-Bains. Suite à l’incident, le maire de Morzine a promulgué un arrêté interdisant provisoirement la chasse dans sa commune, le temps que les circonstances exactes du drame soient établies. 

150 «accidents» chaque année

L’accident survenu samedi n’est pas le premier. Il y a 15 jours à peine, un chasseur qui avait tué un coureur en décembre 2015 au Semnoz a été condamné à 1 an de prison ferme. En moyenne, quelque 150 «accidents» de chasse surviennent chaque année en France, dont une vingtaine sont mortels. Au total, on dénombre 1265 incidents entre 2009 et 2018, selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

«Formation sécurité»

Le fait divers est d’autant plus inquiétant que la Fédération des chasseurs de Haute-Savoie passe pour être avant-gardiste en matière de sécurité: des panneaux sont censés indiquer une chasse en cours et délimiter les zones réglementées. Une attestation «formation sécurité» est également obligatoire pour tous les chasseurs. Le jeune malheureux la détenait-il? «On doit identifier ce sur quoi l’on tire. Il n’y a pas d’excuse», a réagi André Mugnier, président de la fédération, à la suite du drame.

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Sur Twitter, les réactions sont vives. L’humoriste et fervent défenseur des animaux Rémi Gaillard va jusqu’à interpeller le président français. «Bonjour @EmmanuelMacron, hier en Haute-Savoie, une battue était organisée par des chasseurs. Un cycliste a été tué par l’un d’entre eux. Par respect pour la victime, je propose d’arrêter immédiatement la saison de chasse. Ou par respect pour les chasseurs, on continue?» Cet été, le président de la République avait déjà été accusé de céder aux lobbys des chasseurs qui réclamaient une réforme du secteur.

Un «problème mortel»

«Un mort et une vie foutue en l’air, et je ne parle même pas des familles…! Et j’aurais tendance à penser que la chasse fait plus de victimes que la rougeole! On fait quoi? On interdit la chasse, ou le vélo en milieu rural…?» questionne @Lau_Be1. «C’est le premier pour cette saison, cela ne sera pas le dernier, à qui le tour?» interroge encore @Adoptichien. «Ce soi-disant «sport» devrait être interdit le week-end, c’est durant ces deux jours que la plupart des non-chasseurs sont tués», suggère pour sa part Chamonix Spoiler sur Facebook.

Le député européen écologiste @PDurandOfficiel évoque quant à lui un «triste symbole». «Pendant que nous manifestions hier à Paris sous le slogan «La chasse, un problème mortel», un vététiste était tué par un chasseur. Aucune activité dangereuse n’est aussi peu limitée, ni encadrée par les pouvoirs publics, c’est une honte!»

Partager l’espace

Face aux critiques, certains plaident en faveur de cette pratique tour à tour qualifiée de sport, d’art de vivre ou de loisir. «Chasseur = assassin selon vous? Regardez votre lignée familiale, je suis certain que sans la chasse nos ancêtres seraient probablement morts de faim», lance @LazyDrklc.

Il n’empêche: pour éviter que d’autres erreurs humaines n’engendrent de nouveaux drames, le partage des espaces entre chasseurs et non-chasseurs semble plus que jamais nécessaire, en zone de montagne notamment.

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