1986: La Suisse retrouve les saveurs du podium

Nostalgique de l'âge d'or de Ferdi Kubler et Hugo Koblet, vainqueurs en 1950 et 1951, le cyclisme helvétique ne parvenait plus à hisser l'un de ses représentants sur le podium du Tour de France depuis 1954 (Kubler 2e, Fritz Schaer 3e). La malédiction prend fin en 1986, grâce à Urs Zimmermann. Sans remporter la moindre étape, le coureur de la formation Carrera termine néanmoins à la troisième place finale, derrière l'intouchable duo LeMond-Hinault.

Cette performance sans lendemain a le mérite de montrer la route à suivre. Tony Rominger est le premier à s'y engouffrer. Durant l'été 1993, le Zougois est le seul à chatouiller Indurain, au plus fort de sa domination. Il remporte deux victoires d'étape dans les Alpes, avant de battre l'Espagnol sur son propre terrain, lors du contre-la-montre couru la veille de l'arrivée. A Paris, il fait un brillant dauphin, à 4 minutes 59 du maître absolu de l'époque. Deuxième sur le Tour 1995, Alex Zülle se heurte lui aussi à la supériorité d'Indurain. Quatre ans plus tard, de retour après l'affaire Festina, le Saint-Gallois occupe la même place au général, derrière une autre machine à gagner: Lance Armstrong. Handicapé par une forte myopie, les lunettes embrumées par temps de pluie, Zülle est malheureusement sujet aux chutes. Sans celle de 1999 à Gois, qui lui coûta plus de six minutes, aurait-il lutté pour la victoire finale? Avec des si…

1989: Greg LeMond, huit secondes en forme d'éternité

Soudain, ses yeux bleus s'illuminent à la vue du chronomètre. Ses traits, tirés par la joie et l'émotion, ne sont plus que l'exacte expression du bonheur. Si ce dernier devait prendre un visage, celui de Greg LeMond, en ce dimanche 23 juillet 1989, se poserait en candidat sérieux. Le Californien de 28 ans exulte sur les Champs-Elysées. Laurent Fignon, soutenu par tout un Hexagone dans le contre-la-montre final, possédait deux secondes d'avance place de la Concorde, mais il échoue sur le fil. Pour huit secondes – l'équivalent de 82 mètres – l'écart le plus infime de l'histoire.

Premier Américain à s'octroyer le Tour de France en 1986 aux dépens de Bernard Hinault, concrétisant ainsi les souhaits de mondialisation du cyclisme, LeMond double la mise trois ans plus tard. Et ce deuxième succès est le plus beau. Parce que, entre-temps, le champion, victime d'un accident, a frôlé la mort. Cette résurrection, sous le maillot d'une modeste équipe belge (ADR), s'apparente à une divine surprise.

Le troisième succès de LeMond, en 1990, est davantage attendu, mais pas moins ardu. Dès la première étape, au Futuroscope de Poitiers, le peloton assoupi laisse plus de dix minutes d'avance à quatre échappés, dont Claudio Chiapucci. L'Italien vit sur cet agréable pécule jusqu'à la veille de l'arrivée, où LeMond fait une fois encore la différence en contre-la-montre. Atteint d'une forme de myopathie, il met fin à sa carrière en décembre 1994.

1991: Miguel Indurain, la science exacte

Miguel Indurain, s'il doit partager avec Anquetil, Merckx et Hinault sa couronne de quintuple vainqueur du Tour, est le seul à s'être imposé cinq fois consécutivement, entre 1991 et 1995. En métronome. Profitant de capacités physiques hors norme – sa fréquence cardiaque au repos s'élevait à 28 pulsations à la minute – au sein d'un peloton façonné par les médecins, l'Espagnol a fait du cyclisme une science exacte. As du contre-la-montre, il doit ses succès à une gestion parfaite de sa carrière, de ses efforts et de son organisme.

Après deux abandons en 1985 et 1986, le Navarrais se fait les dents sur la Grande Boucle en servant d'équipier à Pedro Delgado, vainqueur en 1988, chez Banesto. Il entame son règne le 19 juillet 1991, à 27 ans, dans ces Pyrénées qui lui sont si familières. Indurain laisse la victoire d'étape à Claudio Chiapucci, mais distance Greg LeMond au général et endosse pour la première fois un maillot jaune qui sera son compagnon de route soixante jours au total.

Comparé à Carl Lewis par son directeur sportif et père spirituel, José Miguel Echavarri, Indurain affiche une telle supériorité contre la montre – il fête dix de ses douze victoires d'étape dans cet exercice individuel – que le reste du peloton semble lutter pour la deuxième place. L'Espagnol n'a qu'un objectif par saison et il s'y tient jusqu'en 1996, année où le Danois Bjarne Riis, lui aussi programmé pour gagner le Tour, l'empêche de devenir le premier homme à s'imposer six fois.

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