Pour un Palestinien, vivre dans le centre d’Hébron, c’est vivre en enfer. La frontière est pratiquement invisible, et elle porte un nom administratif aux allures anodines: H2. A partir d’ici, ce ne sont que grillages, barbelés, miradors, ainsi que soldats et colons extrémistes dans les rues désertées de force par leurs habitants. A partir de cette limite, le règne de l’arbitraire le dispute à la violence, aux humiliations quotidiennes, à la peur constante et aux arrestations sans fin.

La ville d’Hébron n’est pas seulement un concentré de la réalité de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Elle est aussi la caricature d’une construction abracadabrante qui a fait de ce conflit un labyrinthe. L’avenir de cette ville découpée en deux zones (H1 et H2), le sort futur des colons israéliens, le statut final du tombeau des Patriarches (tombe d’Ibrahim pour les Arabes)… Tout cela devait être réglé le moment venu. Mais ce moment n’est jamais venu, et il semble aujourd’hui plus loin que jamais.

L’existence d’observateurs internationaux (Présence internationale temporaire à Hébron, ou TIPH), dont une bonne part de Suisses, est du même acabit. Voilà vingt ans que ces observateurs sont présentés comme éphémères. A titre individuel, ils accomplissent un admirable travail de témoins silencieux, au cœur de la haine. En 2002, une jeune Vaudoise avait même payé de sa vie le fait de se trouver projetée dans ce cadre kafkaïen empli de violence sourde.

Entre-temps, le nombre de colons a doublé à Hébron (comme ailleurs), tout comme le nombre de soldats israéliens chargés d’assurer leur sécurité (plus d’un millier pour ce seul endroit). Israël n’a cessé de jouer sur ce «temporaire» pour y bâtir du définitif en sa faveur. Et, à la vérité, la manœuvre a si bien réussi que personne ne sait plus désormais à quoi peut bien servir cette drôle de présence d’observateurs aux gilets bleus. Le TIPH «encourage la délégitimation d’Israël», ont beau jeu d’assurer aujourd’hui les Israéliens. Cela suffira pour le jeter aux oubliettes.

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Il y a peu, le premier ministre Benyamin Netanyahou déployait la même logique vis-à-vis de l’UNRWA, cette agence de l’ONU chargée d'aider des millions de réfugiés palestiniens et censée, elle aussi, être temporaire. Rêvant de dynamiter cette institution (sans la remplacer par rien de concret), l’Israélien avait trouvé une compréhension bienveillante non seulement à Washington, mais aussi auprès d’Ignazio Cassis, au sein du Conseil fédéral.

Cette volonté israélienne de se débarrasser de toute interférence internationale est décuplée maintenant par la perspective des prochaines élections d’avril. Les colons n’y figureront plus en tant que traditionnels faiseurs de rois, mais comme les rois eux-mêmes. Tout sera fait pour séduire les plus extrémistes d’entre eux. Au fond, il s'agit peut-être pour Benyamin Netanyahou de faire oublier que, dans une autre vie, c’est lui qui avait imposé le partage d’Hébron en deux zones distinctes et accepté en retour, pour faire passer la pilule, la présence dans cette ville d’observateurs internationaux.