L’histoire retiendra que le Royaume-Uni a organisé un référendum pour décider de sa place et de son avenir au sein de la grande famille européenne ce 23 juin 2016. Il y avait adhéré en 1975 après une consultation populaire. Les urnes parleront une nouvelle fois.

Les ramifications de cet événement majeur seront ressenties non seulement à l’intérieur de la royauté, mais bien au-delà. En cas de divorce, les isolationnistes sabreront du champagne. Mais le continent entrera dans une longue période de doutes et d’incertitudes. D’aucuns imaginent même qu’il marquera le début de la fin d’une belle histoire de paix et de solidarité tissée patiemment durant plusieurs décennies.

Aux siècles passés, l’Angleterre s’est aventurée dans des contrées lointaines pour se construire un empire et imposer sa puissance coloniale. Dans la période après-guerre, elle s’est ouverte à des flux migratoires importants qui par la suite, ont modifié profondément son tissu démographique. A l’aube de ce siècle, les brassages des populations et des cultures se passent, certes pas sans anicroches, plutôt bien. Mais il lui arrive aussi de vouloir se renfermer dans sa coquille.

Divorce religieux

Le fait que le référendum de ce 23 juin ait lieu uniquement à cause de la volonté du seul homme, le premier ministre britannique David Cameron en l’occurrence, qui a voulu asseoir son propre pouvoir au sein de sa famille politique, ne change rien à ce paradoxe britannique.

L’histoire retiendra aussi que ce n’est pas la première fois que les sujets de Sa Majesté sont confrontés au spectre du divorce. Cinq siècles plus tôt, le roi Henri VIII (1491-1547) s’était révolté contre la papauté de Rome. Pour cause, le pape avait, en toute fidélité avec les préceptes du catholicisme, refusé d’annuler son mariage avec Catherine d’Aragon. Henri VIII avait alors non seulement passé outre, mais avait pris cinq épouses, en quête d’héritiers à la couronne. Cet épisode a marqué le «Brexit» religieux et la création de l’église anglicane. A sa tête, le roi.

Le New York Times de la semaine passée relève une grande coïncidence. Au moment même où la campagne sur le Brexit/Bremain bat son plein, le théâtre britannique joue deux pièces Wolf Hall et Bring up the bodies. Dans les deux cas, la toile de fond est tissée à partir du règne d’Henri VIII, où l’élite est confrontée aux adversaires à l’intérieur comme à l’extérieur du royaume.