revue de presse

Herbicides: le Conseil fédéral ne veut pas éradiquer le Roundup de nos jardins

Malgré la fronde contre les herbicides contenant du glyphosate commercialisé par Monsanto, considéré comme probablement cancérigène et lié au développement des OGM, le gouvernement ne veut pas l’interdire en Suisse. La FRC ironise: «Y en n’a point comme nous…»

«Il élimine les plantes sur lesquelles il est appliqué sans demander d’effort. Mais aujourd’hui, le glyphosate […] est au cœur d’une polémique», explique l’article très bien documenté de 24 heures/Tribune de Genève. Et puis les hasards de l’actualité – au moment où le Conseil fédéral refuse d’interdire cette substance – font qu’un nouvel herbicide vient d’être placé dans le collimateur, le 2,4-D, classé lundi comme «agent peut-être cancérigène» pour l’homme, lit-on sur le site d’Europe 1.

A ce propos, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) à Lyon explique avoir passé en revue la plus récente littérature scientifique sur le sujet pour mettre en garde contre les possibles effets de ce produit chimique, qui entrait dans la composition de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam.

Tir groupé

Pendant ce temps, donc, en Suisse, malgré la fronde contre les herbicides contenant du glyphosate, considérés comme probablement cancérigènes, le Conseil fédéral ne veut donc pas l’interdire. Il propose de rejeter deux motions exigeant une suspension immédiate des ventes et l’interdiction de cette substance. Il a dû faire face ce lundi à un tir groupé de motions, postulat et autre interpellation socialistes et des Verts s’en prenant au produit du genre le plus utilisé en Suisse.

Ce qui a aussitôt suscité un énorme étonnement du côté du secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs sur sa page Facebook: «J’ai du mal à le croire, écrit Mathieu Fleury, mais le gouvernement [suisse] remet aussi en question les conclusions de l’étude du Centre de recherche sur le cancer (qui, rappelons-le, est une agence de l’Organisation… mondiale de la santé!) Bref, y en n’a point comme nous, quoi…» C’est ce que lui répond, en gros, la vingtaine d’internautes qui commentent et déclenchent un tir de barrage contre les géants de l’agrochimie comme Syngenta ou Monsanto.

Dans plus de 70 désherbants

Rappelons donc que selon des travaux publiés par le Centre international de recherche sur le cancer à Lyon, le glyphosate pourrait être considéré comme un produit probablement cancérigène pour l’homme. En Suisse, cette substance se retrouve dans plus de 70 désherbants homologués; on en vend quelque 300 tonnes par an pour un usage dans l’agriculture, les vergers, l’horticulture ou chez des particuliers, selon les Verts. Elle est commercialisée sous la marque Roundup depuis 1975.

Mais le gouvernement remet en question les conclusions scientifiques lyonnaises, en argumentant que le glyphosate n’est classé dans les substances cancérigènes ni en Suisse ni en Europe. Il «répond également à toutes les exigences en matière de protection de l’environnement», d’après lui. En Suisse, il est d’ailleurs interdit d’appliquer des produits contenant cette substance peu avant la récolte afin d’accélérer la maturation des céréales. Les denrées alimentaires provenant de cultures helvétiques ne devraient donc pas contenir de résidus de glyphosate. Il est toutefois possible que les consommateurs en absorbent avec des denrées alimentaires importées.

Principe de précaution

En mai, Migros et Coop avaient annoncé le retrait des herbicides contenant du glyphosate, suivant le principe de précaution. Et, via une pétition, la Fédération romande des consommateurs (FRC) demande depuis des semaines aux distributeurs et aux offices fédéraux concernés de suspendre les ventes, de concert avec Greenpeace Suisse et les Médecins en faveur de l’environnement. La France a également annoncé l’interdiction de la vente en libre-service dès 2016.

D’ailleurs, «qui veut encore des OGM et du glyphosate?» demande Le Huffington Post. «Cet herbicide, qui est le plus produit et le plus utilisé au monde, est intrinsèquement lié à l’usage et au développement des OGM.» Pour ce média en ligne, c’est «maintenant au tour des autorités publiques et des organismes sanitaires d’avoir un sursaut à l’échelle globale pour répondre aux demandes légitimes des citoyens».

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