Les caméras ne montrent pas que des visages. Elles permettent aussi aux candidats de s'exprimer et de marquer, lors d'un débat, ce qui les différencie. De cet exercice, John Kerry s'est plutôt mieux sorti que George Bush. Le sénateur du Massachusetts, vétéran des travées du Congrès et éloigné du peuple par la colossale fortune de son épouse, avait pourtant tout à perdre dans ces trois duels télévisés. Le président sortant, adepte d'un langage simple ponctué de formules martelées, était a priori un meilleur client pour les plateaux.

Sauf que le direct n'est pas une science exacte. Et qu'à trop asséner les mêmes arguments, notamment sur le besoin qu'a l'Amérique d'avoir à sa tête un homme déterminé, George Bush a fini par lasser. Certes, les sondages montrent que les deux hommes se tiennent toujours dans un mouchoir de poche. Mais le seul fait que Bush n'ait pas gagné par K.-O. sonne pour lui et pour son camp comme une défaite. Depuis le début, l'hôte de la Maison-Blanche adopte une posture de vainqueur. Vainqueur d'Al-Qaida, vainqueur en Irak, vainqueur sur le front de l'économie… Autant de «victoires» dont John Kerry a, consciencieusement, détaillé la facture. Durant ces heures télévisuelles de vérité, le candidat démocrate a parlé aux Américains du prix qu'ils avaient payé en termes d'impôts, de déficit, d'occasions diplomatiques ratées, d'amitiés internationales froissées. Un prix, comme chacun sait, particulièrement élevé.

Les débats achevés, reste la campagne. Aussitôt, les deux hommes se sont remis à quadriller les «Etats charnières», ceux qui leur permettront, à l'arraché, d'obtenir ces 270 grands électeurs indispensables pour être élu. La conscience du «prix à payer» va-t-elle devenir ces prochains jours plus aiguë? Ou va-t-elle, au contraire, se dissiper dans l'écran de fumée des discours et des publicités politiques racoleuses et mensongères? C'est toute la question. La facture des années Bush a empli le petit écran. Mais elle n'est pas encore électoralement débitée.

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