France

Des hidjabs chez Decathlon, la course à la polémique

L’enseigne française a renoncé mardi à commercialiser un hidjab pour la course à pied. Un rétropédalage qui fait suite à une violente polémique déclenchée sur les réseaux. Le signe d’une France divisée face au concept de laïcité

C’est une affaire montée en épingle, comme seule la France est capable d’en produire. La chaîne de magasins Decathlon avait décidé de mettre en vente un hidjab pour la course à pied. L’accessoire vise à rendre le sport accessible aux musulmanes qui souhaitent se couvrir les cheveux. Une initiative loin de faire une unanimité. Le bout de tissu a suscité un torrent de réactions d’internautes indignés.

Est-ce bien le rôle d’une marque de promouvoir le port du foulard de tradition islamique? Les politiciens français, dont des ministres en exercice, ont également fait part de leur désapprobation. Une tempête si violente que l’entreprise a fini par renoncer: elle ne commercialisera pas son «hidjab de running» en France.

«Proposer un produit sportif adapté, sans jugement»

Pourtant, Decathlon tenait bon sur les réseaux sociaux. Exemple avec la députée En Marche Aurore Bergé, qui ne cachait pas sa colère en découvrant le produit. «Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs», a-t-elle twitté.

La réplique de la personne chargée du compte Twitter de l’enseigne ne s’est pas fait attendre: «Bonjour. De notre côté, nous nous concentrons sur la démocratisation de la pratique du sport. Le fait est que certaines femmes pratiquent la course à pied avec un hidjab, souvent peu adapté. Notre objectif est simple: leur proposer un produit sportif adapté, sans jugement.»

Personnel insulté et menacé

Des internautes haineux ont également alimenté le débat. «Quelle hypocrisie!!! Honte à vous Decathlon!!! La vénalité, le profit des djihadistes qui ont assassiné dans notre pays… C’est indigne et criminel», s’est enflammé un anonyme sur Twitter. Malgré la violence des propos, le représentant a gardé son calme: «Ce qui est indigne, c’est de faire de tels amalgames qui ont pour seul effet de véhiculer un message de haine.»

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Jusqu’à l’écœurement. Il a fini par publier des captures d’écran d’insultes et de menaces d’une violence inouïe: «Vous contribuez à l’invasion islamiste, vous finirez avec cette racaille dans les fours en Pologne.» La polémique s’est invitée jusque dans les établissements. «Nos équipes dans nos magasins ont été insultées et menacées, parfois physiquement», précise Yann, le fameux community manager. Son professionnalisme est salué par les internautes. A tel point que Libération lui a consacré un court article.

Laïcité malmenée

L’affaire est le symbole d’une France divisée face à son grand principe de laïcité. En 2016, c’est le burkini qui défrayait la chronique. Une trentaine de communes du littoral avaient interdit le maillot de bain controversé sur les plages. Des images de policiers patrouillant au milieu des vacanciers en pleine séance de bronzage avaient fait le tour du monde. Le correspondant à Paris du Washington Post, James McAuley, a consacré un article au hijab de Decathlon. Avec ce titre chargé d’ironie (et de désespoir?): «Apparemment, c’est un scandale pour la France.»

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«Les vêtements que les femmes musulmanes choisissent de porter sont un sujet à polémiques en France, une société officiellement laïque qui interdit tout signe et symbole religieux dans la vie publique – à l’exception, bien sûr, des crèches et des sapins de Noël qui décorent les mairies en hiver», écrit-il. Pour appuyer son propos, le journaliste cite un spot publicitaire de Nike diffusé dimanche pendant la cérémonie des Oscars. «Rêvez avec plus de folie», conseille l’équipementier sportif dans la vidéo. Des sportives sont mises à l’honneur, avec la voix de la championne Serena Williams. Parmi les athlètes: l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, première Américaine à avoir porté un hijab lors des Jeux olympiques à Rio. C’était en 2016.

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