Avant que son médecin, Lisa Bardack, ne la déclare jeudi «apte à servir comme présidente», les rumeurs les plus folles ont couru sur la santé d’Hillary Clinton. Ce qui m’a frappée? Toutes les maladies dont on a affublé la candidate la renvoient à sa nature féminine.

A commencer par sa supposée démence, accompagnée d’une vidéo montage diffusée par ses adversaires, où on la voit dodeliner de la tête, le regard hagard, le sourire post-électrochoc. Des images qui font penser aux convulsions des patientes soignées pour hystérie à la Salpêtrière, à la fin du XVIIIe siècle. Rebelote après son «coup de chaleur» du 11 septembre traduit par de nombreux commentateurs goguenards comme le signe d’une ménopause difficile.

Cela ne s’est pas arrangé avec la fameuse vidéo qui a fait le tour du monde où l’on voit Hillary s’effondrer entre deux gardes du corps, avant de monter dans sa voiture de fonction. Une scène qui rappelle l’époque où les femmes s’évanouissaient sous le coup de l’émotion, et qu’il fallait ranimer avec des sels.

Pour ajouter du féminin au féminin, un détail a retenu l’attention des observateurs: selon un des témoins, dans sa chute, Hillary a abandonné une de ses chaussures sur le trottoir. La voilà transformée en Cendrillon, laissant à ses princes charmants (les deux présidents, Bill et Barack, dont elle est proche) le soin de voler à son secours. Aurait-on idée d’élire une princesse d’opérette à la tête d’une puissance nucléaire? Trump l’a bien compris qui n’en a pas rajouté: qui aurait le cœur d’accabler une femme, une faible femme? Mais surtout, comment pourrait-elle, cette pauvre petite chose chancelante, briguer la Maison Blanche? C’est une affaire d’hommes! Faut-il être arrogante pour tenter d’aller au-delà de la nature?

C’est probablement l’origine de l’impopularité de Hillary Clinton, dont la cote de sympathie n’a connu d’éclaircies que lorsqu’elle s’est conformée au rôle de la femme traditionnelle: quand elle a pris le nom de son mari, quand il a fallu le soutenir dans la tourmente de l’affaire Lewinsky et quand elle est devenue grand-mère. Trop femme ou pas assez, Hillary a toujours tout faux.

Il y a pourtant une autre lecture à faire de son parcours. Une lecture qui témoigne de la santé exceptionnelle de cette femme qui anime – parfois jusqu’à la saturation – la scène politique depuis les années 80. Elle a occupé les postes les plus exposés, les plus frustrants ou les stressants. Cela fait bientôt 40 ans qu’elle court son marathon à obstacles, sans relâche. C’est ce qui s’appelle de l’endurance.

 

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