En faisant trôner, en lieu et place d’une vieille mappemonde, un énorme vase chinois sur la petite table séparant Joe Biden et Vladimir Poutine lors de leur entretien à la Villa La Grange, Patrick Chappatte a parfaitement résumé l’esprit de cette rencontre en un dessin. L’imposante porcelaine n’est pas qu’un bibelot encombrant dans le décor. C’était le non-dit au cœur des enjeux de cette poignée de main, l’éléphant dans la pièce. Pour Joe Biden, qui a pris l’initiative de ce sommet, il s’agissait de renouer avec Moscou pour stabiliser une relation empoisonnée. Sécuriser la Russie, pour mieux contrer la Chine, tel était l’un des objectifs de la tournée européenne du président américain. De ce point de vue, la réunion de Genève semble une réussite. Et pourtant…

Un vase nommé «Une ère prospère et radieuse»

Et pourtant, ce vase chinois existe bel et bien. Il n’est pas à la Villa La Grange, mais sur l’autre rive du lac. Les visiteurs du Palais des Nations peuvent l’admirer sous sa cage de verre. Il trône majestueusement au centre d’un long couloir qui relie le bureau du directeur du siège européen de l’ONU à la salle du Conseil, là où se tiennent les conférences sur le désarmement. Devant cette salle est exposé un autre vase, d’un artiste japonais celui-là, en forme de planisphère, érigé au nom de la paix. Il a pour intitulé «La planète bleue de la vie humaine». Longtemps, la porte du directeur donnait sur le vase bleu et blanc du Japon (l’unique victime du feu nucléaire). C’était comme un raccourci rappelant la raison d’être de l’ONU.