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Ces histoires dont on est le héros

La réalité virtuelle bouleverse les codes de la narration et interroge la place du spectateur. Conscientes du phénomène, Cinéforom et la SSR lancent un appel à projets

Oserais-je avouer que j’ai tenté de rattraper Game of Thrones, pour voir à quoi ressemblait cette série qui affolait les réseaux sociaux avec son alliage brûlant de violence et de sexe, mais que je n’ai tenu qu’une seule saison, assommé que je fus par une intrigue et des personnages incapables de m’extirper de ma léthargie vespérale? Je ne suis pourtant pas allergique à ce que qu’on appelle la fantasy. Ado, j’ai aimé Dark Crystal, Krull et Willow. Et aujourd’hui encore, je considère Conan le Barbare comme un grand film.

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La lecture du Sorcier de la montagne de feu m’avait également, dans les années 1980, transporté. Pas seulement parce que son bestiaire me fascinait, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un livre-jeu, d’un livre dont vous êtes le héros, comme on disait alors. Inaugurant la collection des Défis fantastiques, il permettait au lecteur-joueur, tout en s’en remettant parfois au hasard des dés, d’ouvrir une porte plutôt qu’une autre, de partir à droite plutôt qu’à gauche.

Le cinéma a souvent eu, lui aussi, ce fantasme de placer le spectateur au cœur de l’intrigue. La 3D participe de cela. Tout comme la subjectivité. Adaptant en 1947 La dame du lac, de Raymond Chandler, Robert Montgomery avait ainsi choisi de faire de sa caméra le personnage principal du film: elle incarnait Philip Marlowe, ce qu’elle filmait était ce que voyait le détective.

Soutien à l’innovation

Depuis quelques années, une avancée technologique bouleverse plus profondément les codes de la narration: la réalité virtuelle. On parle aussi de réalité augmentée, car elle ne recourt pas forcément à des images numériques. Prisée des développeurs de jeux vidéo, la VR – pour virtual reality, car l’anglais triomphe toujours – intéresse de plus en plus les artistes et cinéastes, du chorégraphe Gilles Jobin à l’oscarisé Alejandro G. Iñárritu. En Suisse, le GIFF – pour Geneva International Film Festival, because l’english… – accompagne depuis quelques années son développement. J’ai pu y tester des œuvres encore maladroites et m’immerger dans des propositions qui ont profondément ébranlé mes repères. Le champ des possibles qu’ouvre la VR est vaste. La VR ne remplacera pas le cinéma, elle évoluera en parallèle.

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Fortes de ce constat, Cinéforom (Fondation romande pour le cinéma) et la SSR annoncent un soutien à l’innovation. Les créateurs intéressés par les «nouvelles écritures» ont jusqu’au 17 septembre pour soumettre un projet. Deux aides à la réalisation et quatre au développement seront allouées. Cinéforom parle d’un acte fort. Ça l’est! Mais est-ce que quelqu’un ne voudrait pas mettre en images Le sorcier de la montagne de feu?


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