C’est historique: le président des Etats-Unis, Barack Obama, va annoncer ce mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis. Evénement majeur que cette disparition d’un des derniers vestiges de la Guerre froide. Majeur. Majeur. «Un pas de plus» depuis décembre 2014, aux yeux d’Euronews:

Oui, un peu plus de six mois après l’annonce d’un rapprochement – ce qui était déjà historique en soi –, les deux pays ont trouvé un accord pour abroger la suspension de ces relations, qui durait depuis 54 ans. Ne demeuraient que des Sections d’intérêt à Washington et La Havane, chargées essentiellement de tâches consulaires, sous protection de la Suisse.

Des ambassades vont donc être rouvertes de part et d’autre du détroit de Floride. Probablement en ce mois de juillet déjà, selon le Washington Post (WP). «Le secrétaire d’Etat John Kerry, qui se trouve à Vienne pour négocier l’accord sur le nucléaire iranien, devrait aussi s’exprimer à ce sujet», indique ce quotidien. Ajoutant qu’après cette étape, il faudra parler droits humains, propriétés américaines confisquées à La Havane et dédommagements suite à l’embargo. Sans oublier «the touchy topic»: celui des Américains emprisonnés sur l’île.

«Sous couvert d’anonymat»

Cette annonce, dit l’Agence France-Presse, était attendue depuis que Washington avait retiré à la fin du mois de mai La Havane de la liste noire des Etats soutenant le terrorisme. Evidemment, c’est «un responsable américain» – «a senior administration official» – qui a dévoilé la chose à CNN. Evidemment aussi, «sous couvert d’anonymat», puisqu’il n’était pas autorisé à le faire avant le président, précise le WP. L’allocution est prévue à 13 heures (suisses) au cœur de la roseraie de la Maison-Blanche.

A Madrid, El País précise qu’«avant de pouvoir rouvrir des ambassades, la loi américaine exige que l’administration communique au moins quinze jours à l’avance son intention de modifier le statut d’une mission diplomatique. Et comme il n’y a aucune obligation à rendre publique cette étape, il n’est pas clair, pour le moment, si elle a vraiment eu lieu.» Et d’ajouter qu’«entre autres formalités, autant Washington que La Havane devront en informer la Suisse», qui a joué les bons offices depuis des décennies.

L’échec de l’isolement

«Il y a une histoire compliquée entre les Etats-Unis et Cuba […] mais l’heure est venue d’entamer un nouveau chapitre», expliquait le 17 décembre dernier Barack Obama, constatant sans détour l’échec d’un demi-siècle d’isolement du régime communiste. A une année et demie de son départ de la Maison-Blanche, le 44e président des Etats-Unis entend donc inscrire dans l’Histoire cette initiative majeure de sa politique étrangère, à laquelle une large majorité d’Américains est favorable. L’exécutif américain a, à plusieurs reprises, évoqué la possibilité d’une visite de M. Obama à Cuba en 2016. On en frissonnerait presque.

Mais attention tout de même, prévient Le Monde: au-delà, reste «l’épineuse question de l’embargo, imposé à Cuba par John F. Kennedy en 1962 et sévèrement renforcé par la loi Helms-Burton de 1996. Toujours en vigueur, cet embargo américain total sur les transactions économiques et financières avec Cuba est régulièrement dénoncé par La Havane comme un obstacle au développement de l’île. La nomination d’ambassadeurs permettra d’améliorer les relations entre les deux pays, mais «la normalisation est un autre sujet», a d’ores et déjà averti le président cubain, Raul Castro

D’ailleurs, Granma, l’organe du comité central du Parti communiste cubain, publie un article très sobre à ce propos, sans commentaire, ce qui montre bien la prudence du discours officiel à La Havane. Il préfère faire sa une sur une actualité médicale: depuis mardi, l’île est «le premier pays du monde à avoir réussi à éliminer la transmission du VIH et de la syphilis de mère à enfant»…

Quant au site de l’hebdomadaire économique Opciones, il n’en parle même pas, préférant – ô ironie de l’Histoire! – cette alliance-ci:

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