Nous vivons décidément une époque formidable: tout un chacun est convié à exprimer son opinion – comprenez: ses préjugés – sur n’importe quelle question. La Suisse compte ainsi bientôt plusieurs millions de virologues depuis le début de l’ère du Covid-19. Qu’un juriste s’exprime sur un sujet médical dont il ignore visiblement le premier mot ne doit donc pas être considéré comme une surprise. Cela illustre bien le niveau où nous sommes tombés, et Philippe Nantermod appartient à la cohorte des ingénus qui se sont prêtés depuis des siècles à l’exercice de dénigrement de l’homéopathie et dont les noms sont recouverts du linceul de l’oubli.

Ce qui choque, c’est que désormais le cap est franchi entre l’étalage de son ignorance dans une conversation de comptoir et la publication d’une tribune méprisante envers un cercle défini de professionnels de la santé et assénant publiquement que le médecin homéopathe serait un charlatan.

Se réclamer de science pour rejeter et dénigrer dans un texte qui peut apparaître comme une incitation au mépris: c’est se placer en ennemi de la vérité au plus pur sens nietzschéen du terme. C’est utiliser une simple croyance pour s’en faire une conviction, puis s’en servir pour l’imposer. Ainsi de nos jours, il suffit d’être juriste de formation, notaire de profession, mais de disposer d’une certaine visibilité grâce à un mandat électif pour haranguer la foule dans une armure étincelante en tant que preux chevalier de la vérité médicale allopathique.

Mark Twain et Winston Churchill

Monsieur Nantermod, avez-vous la moindre idée que votre discours dénigrant revient à faire la promotion d’une médecine industrielle et dictatoriale, qui nie les individualités et se pare des habits de science à l’appui de statistiques dont on peut facilement tirer ce que l’on veut? [Mark Twain disait: «Il y a les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques.» Churchill quant à lui s’exclamait: «Je ne crois que dans les statistiques que j’ai personnellement trafiquées.»]

Que veut dire une statistique sur le taux d’occupation des lits d’hôpitaux, quand le nombre de lits varie au fil des mois, par exemple? La vérité doit-elle appartenir à quelques scientifiques, ayant suivi les mêmes études que des centaines d’autres, mais se trouvant parés de fonctions politiques bien éloignées du cabinet d’un médecin de ville? Cette vérité peut-elle être dans le remdesivir, autorisé à la hâte par Swissmedic et dont l’administration apparaît une année plus tard comme inutile dans le traitement du covid, voire dangereuse?

Molnupiravir et ivermectine…

Visiblement, faire supporter à la collectivité durant de nombreux mois un traitement de 2340 dollars ne semble pas choquer l’expert scientifique Philippe Nantermod. Est-ce servir la vérité que de vanter désormais partout une saleté comme le molnupiravir, ressorti des greniers des laboratoires, réputé selon l’étude de l’Association internationale pour une médecine scientifique et bienveillante (Aimsib) comme potentiellement mutagène et cancérigène, à 600 dollars l’ampoule, aussi parfaitement inutile? Est-ce servir la vérité que d’avoir empêché la prescription de l’ivermectine alors que son efficacité est avérée et remarquable, et son coût ridiculement bas? [Chez nous, la permanence Riviera-Chablais, qui traitait les patients covid avec de l’ivermectine depuis janvier 2021 et jusqu’à très récemment, les bons résultats du traitement vantés sur Facebook ont valu aux responsables de la Povidence une convocation face au Comité médical, composés de tous les médecins chef·fe·s de service, du directeur médical et du doyen. Résultat: malgré un bilan de 350 à 400 patients guéris jusqu’ici, l’ivermectine est désormais interdite.]

Comment peut-on jeter à la vindicte populaire tout un cercle professionnel sans avoir a minima pris le soin de se renseigner sérieusement sur l’homéopathie?

Il aurait été préférable que le conseiller national Nantermod, avant de publier une diatribe contre l’homéopathie, prenne connaissance – pour autant qu’il soit armé pour le comprendre – du rapport «Health Technology Assessment» de 2011 préparé pour le compte des autorités suisses de la santé et qui conclut que «l’homéopathie telle que pratiquée en Suisse est cliniquement efficace, économique et sûre». [Sur cette base, le Conseil fédéral a d’ailleurs confirmé le 1er août 2017 le remboursement des prescriptions de médecine complémentaire par l’assurance maladie de base.] Comment peut-on jeter à la vindicte populaire tout un cercle professionnel sans avoir a minima pris le soin de se renseigner sérieusement sur l’homéopathie?

Il n’existe pas actuellement de pensée médicale dans le système oppressif défini par l’EBM*, le «progrès» consiste en des réunions de consensus où se prennent des décisions de traitement. Contrairement à toutes les autres branches de la science où l’on dégage des lois qui régissent les phénomènes observés, la médecine chimique actuelle ne procède souvent que par tâtonnements, parfois au gré du hasard (une molécule destinée à un mal spécifique s’avère inefficace, mais soudainement d’intérêt pour traiter une autre pathologie). L’industrie s’accapare des découvertes physiques et chimiques pour se livrer à du bricolage au sein des organismes vivants, sans la moindre vision globale du vivant. Tel est le système qui conduit dans certains cas inexorablement à la dégradation de la santé de la population.

«Une révolution radicale»

L’homéopathie constitue en une révolution radicale de la thérapeutique, en découvrant des lois de guérison auxquelles le vivant – plantes, animaux, hommes – est soumis. La réalité est pourtant toute simple, encore faut-il l’observer: tout malade présente une totalité de symptômes. L’arbitraire médical actuel consiste de manière antiscientifique à s’adresser seulement aux symptômes qu’on veut traiter en ne s’intéressant pas à toute la constellation des autres. Réciproquement, toute substance active présente la capacité de susciter une totalité de symptômes quand elle est ingérée. L’arbitraire médical actuel se contente d’appeler «effets secondaires» les symptômes qu’on ne voudrait pas voir. Rien de scientifique dans cette approche qui consiste à vouloir faire coïncider deux points alors qu’on est en présence d’ensembles multidimensionnels.

L’homéopathie ne repose donc pas sur des croyances, mais constitue la seule démarche rationnelle qui consiste à faire coïncider les totalités du patient et du traitement à prescrire. Dans une approche rationnelle et globale bien éloignée de ce qu’une certaine industrie met sur le marché.

Mon conseil au juriste auto-promu expert en médecine se résume en une maxime latine qui a le mérite de la clarté et de la concision. Sutor ne supra crepidam!


* Pompeusement: Evidence-Based Medicine, médecine basée sur les preuves… fabriquées par l’industrie. On enseigne aux étudiants en médecine que leur opinion et leur expérience ne valent rien, que seules les statistiques de l’industrie font sens!

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