Carnet noir

Hommage à Patrick Laubier, sociologue et missionnaire

Professeur de sociologie à l'Université de Genève, Patrick Laubier fut consacré, sa retraite venue, prêtre, incardiné dans le diocèse de Rome

Patrick de Laubier s’est éteint le dimanche 28 février 2016, à Genève où il a passé une grande partie de sa vie, d’abord à l’Organisation Internationale du Travail, ensuite à l’Université de Genève où il a enseigné près de trente ans. Après une thèse sur la révolution russe de 1905 à Paris, et un passage à Harvard, à 30 ans Patrick de Laubier répond à une sollicitation de l’OIT et vient s’installer Genève, où pendant un demi-siècle il restera à la même adresse.

A l’OIT, il travaille sur les nouvelles formes et défis du syndicalisme et dès 1971 commence à collaborer avec l’Université, plus précisément avec le professeur Roger Girod, le premier président du département de sociologie crée en 1969. En 1981, il devient professeur ordinaire dans ce département où, depuis plusieurs années, il se partage avec Jean Ziegler un cours d’introduction à la sociologie ouvert aux étudiants de toute la faculté. Evitant la polémique stérile et la confrontation, Patrick de Laubier emmène ses étudiants à la découverte d’Aristote et de saint Thomas, dont il contraste le réalisme avec l’idéalisme de Marx.

En 1978, il publie «Aristote et Marx: une alternative sociologique» qui reste toujours d’actualité. Cette manière d’ouvrir les étudiants à l’alternative, contribue, par-dessus les différences, à l’amitié entre les deux hommes. C’est ainsi que Jean Ziegler a rendu hommage à Patrick de Laubier lors de la messe de sépulture.

Parallèlement à ses cours à Genève, Patrick de Laubier enseigne aussi à l’Université de Fribourg où il expose les principes de l’enseignement social chrétien articulé dans les encycliques sociales et enraciné dans l’anthropologie chrétienne basée sur la personne humaine. Au fil des ans, il explore cette thématique dans une dizaine d’ouvrages dont les principaux sont «La pensée sociale de l’Eglise catholique» (1984) et «La Civilisation de l’Amour» (1990). Durant les années suivantes, il prolonge ces travaux jusqu’à scruter l’horizon eschatologique. Cet effort culmine avec le livre probablement le plus personnel de Patrick de Laubier qui paraît en 1994 sous le titre «Le temps de la fin des temps».

Pendant toutes ces années, il multiplie les contacts, les amitiés et les enseignements aux quatre coins du monde, notamment en Russie, en Chine et au Brésil où il se rend une fois par année. En fin pédagogue, il prend le soin de trouver toujours un point d’ancrage dans la perspective culturelle de son auditoire à l’instar de Soloviov pour la Russie ou Mozi pour la Chine ou Sheptycky pour l’Ukraine. Ceci lui permet de déboucher – sans nécessairement les nommer – sur les principes de l’enseignement social chrétien et à confirmer leur correspondance avec nature humaine.

Alors qu’il s’approche de la retraite, qu’il prendra en 2000, Patrick de Laubier prépare déjà sa nouvelle vie – celle de prêtre. En effet, après avoir terminé les études de théologie, il est ordonné par Jean-Paul II en mai 2001, incardiné dans le diocèse de Rome. Sa vie, en apparence, ne change pas, partagée qu’elle est entre la prière, l’étude et les voyages. Pourtant – comme il aimait à le dire – tout change dans sa vie puisqu’il se définit dorénavant comme missionnaire de l’amour du Christ. C’était le seul titre qui lui importait vraiment.

En début 2016, il répond à l’appel du pape François et se porte volontaire pour devenir «Missionnaire de la Miséricorde». En début février, il part à Rome pour débuter cette mission. Au retour de Rome, il rentre directement à l’hôpital serein, prêt pour la Rencontre.

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