Chronique

En chaque homme, cet obsédant besoin de domination sexuelle

OPINION. Comment expliquer la permanence de l’arrogance des mâles au pouvoir? Notre chroniqueuse pense que l’aspect psychanalytique apporte un éclairage, certes délicat, mais indispensable au débat

«Le besoin de domination de l’homme sur la femme est le fruit de la revanche que l’homme doit prendre sur le premier amour trahi, celui qu’il a forcément porté à sa mère sans pouvoir le réaliser.» Ce constat de Freud, relayé dans nos pages par le psychanalyste Jacques André à la sortie de son ouvrage sur la sexualité masculine, a quelque chose d’exaspérant. Quoi, tant que le mâle sera issu d’une mère – ce qui n’est pas tout à fait près de changer – son comportement sera toujours dicté par l’antagonisme entre la maman et la putain?

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D’un côté, la femme qu’il aime et respecte, mais qu’il touche à peine. De l’autre, la créature qu’il méprise et condamne, mais qu’il désire comme un possédé? Oui, répond placidement le spécialiste, car «l’inconscient est politiquement incorrect et l’homme peut être un fervent féministe tout en ne parvenant à éjaculer que si sa partenaire est en levrette». Ou, pour être encore plus clair et citant Sade: «Il n’y a point d’homme qui ne veuille être un despote quand il bande.»

Pourquoi les femmes, dont l’Œdipe avec le père peut être aussi puissant, n’infligent-elles pas le même comportement discriminant à leurs partenaires? Parce que, observe Jacques André, «le lien fille-père est beaucoup moins fort physiquement que le lien garçon-mère. Il est établi que certaines mères connaissent des orgasmes en allaitant leur enfant. Un petit garçon qui traverse cet épisode est forcément marqué, sinon traumatisé par cette vague de désir qu’il provoque malgré lui. Il faut savoir que la sexualité prégénitale ne s’efface pas avec la sexualité génitale».

Toujours, le droit de cuissage…

On peut refuser cette lecture freudienne qui dépolitise la question et pourrait, dans l’absolu, déculpabiliser les Weinstein du monde entier. Une lecture qui est d’ailleurs elle-même déjà dictée par une vision culturellement marquée de la société. Que l’on soit clair, je méprise sans détour les porcs décomplexés qui confondent pouvoir professionnel et jouissance sexuelle. Une pulsion n’est pas encore une action et les (petits) chefs qui choisissent d’abolir la frontière entre les deux sont les ennemis du genre humain. Mais, vu l’ampleur des cas dénoncés ces jours sur les réseaux sociaux, on réalise aussi que l’émancipation féminine des cinquante dernières années a à peine égratigné ce droit de cuissage que l’on pensait d’un autre âge. En cela, face à cette obsession de la possession, l’aspect psychanalytique ne peut pas être exclu du débat.


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