Sur les réseaux

Les hommes contre-attaquent sur le partage des tâches ménagères

En quelques jours, la blogueuse Emma a brisé le tabou des tâches domestiques avec une BD numérique devenue virale. Qu'en disent les hommes?

«Mais fallait demander, je t’aurai aidée!»: l’invective tant répétée résonne encore. Dans une cuisine encombrée, un père de famille éberlué dévisage sa femme, excédée, sans comprendre. Avec sa bande dessinée numérique sur le partage des tâches ménagères, la blogueuse française Emma a connu un succès renversant. Quelque 300 000 partages sur Facebook en une semaine. Piquantes et décalées, ses planches illustrent avec finesse ces instants de saturation, ces quiproquos au sein d’un couple qui explose. Qu’en disent les hommes? En fouillant les réseaux, plusieurs arguments, des plus cocasses au plus sérieux, se dégagent.

«Charge mentale»

Repas, vaisselle, lessive, courses ou encore garde des enfants: davantage que les tâches elles-mêmes, c’est leur planification qui pèse lourdement sur les femmes. Organiser la vie commune, prévoir et anticiper les imprévus: ce fardeau permanent et invisible, la dessinatrice qui entretient le mystère de l’anonymat l’a justement nommé «charge mentale». Sa thèse: l’homme n’exécute que ce qui lui est explicitement demandé. Tout le reste, à savoir pas mal de choses, incombe tacitement à la femme. Promue cheffe du projet «gestion de maison» pour l’occasion.

«Je-m’en-foutisme et procrastination»

Les papas, des tire-au-flanc empotés sans force de proposition? Sur Facebook, la contre-attaque masculine s’organise. Sur la définition d’abord. «Attention à ne pas confondre «charge mentale» et «non-partage de tâches domestiques». Ce sont deux notions différentes, bien que la seconde implique bien souvent la première», note un internaute. «Qu’entend-on par corvées? Conduire une voiture, jouer avec les enfants, ça ne compte donc pas?» s’insurge un autre.

Certains jouent l’ironie: «La charge mentale est très simple à soigner. Un peu de je-m’en-foutisme, un peu de procrastination et voilà!» A ce jeu-là effectivement, personne n’est stressé, mais les spaghettis ne cuisent pas. Un autre usager force le trait: «Quelle idée de mettre ce genre d’article sur Facebook, ça distrait les femmes et du coup le ménage n’est pas fait…»

Aide proposée, aide refusée

Sur Twitter, @PierreCrz marque un point: «Quand on dit «chérie laisse, je vais le faire» on se fait jeter, «pas assez rapide», etc. Faudrait pas tout nous mettre sur le dos!» Les femmes en conviendront. Au sein du couple, l’aide proposée est souvent refusée. Prétexte: la tâche est mal exécutée ou exécutée différemment.

Fataliste, un internaute dégaine la théorie de l’hérédité. «Psycho gélatine, faisant fi de ce que l’on sait des transmissions comportementales, des automatismes d’action, des symbioses et des contre symbioses. Je ne pense pas que ce pseudo-concept, qui plus est victimisant, serve la cause des femmes.»

«Trop c’est trop»

A quoi bon laisser s’accumuler les frustrations puis exploser lorsque «trop c’est trop»? A ces femmes épuisées «d’avoir à penser à tout», un internaute répond: «Qui est le plus imbécile des deux? Celui qui laisse faire à l’autre tout le boulot ou celui qui se plaint de tout se taper mais qui continue à faire cela sans chercher à résoudre ce quotidien pesant? A méditer.» «Chacun hiérarchise ses priorités. Pas notre faute si les femmes aiment tout cadrer… Les hommes sont plus au feeling», estime encore @Thors2013.

La frappe de cette BD virale semble avoir atteint au moins une cible. «Ça fait réfléchir, reconnaît un internaute, bon élève. Moi en tout cas, je n’attendrai plus que ma compagne me demande quoi que ce soit, je le ferai si c’est à faire.» Un premier pas. Alors que le débat fait rage, un étrange mot apparaît: l’équilibre. «Sur la planification des tâches, c’est clair que chez nous je me repose sur ma femme. Et sur l’administratif c’est l’inverse. Le tout est de trouver un équilibre.» Si simple que ça?

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