Le débat sur l’interdiction de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle bat son plein à l’approche du 9 février. L’objet de discorde? L’extension de la norme antiraciste du Code pénal à l’homophobie. Les uns arguent que les outils juridiques existants sont suffisants pour sanctionner cette discrimination; les autres affirment qu’une protection des minorités sexuelles est indispensable.

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Parmi les arguments invoqués en faveur de l’initiative, celui, brandi à l’envi, d’un risque suicidaire plus élevé pour les jeunes lesbiennes, gais et bisexuels (LGB) – raison pour laquelle il est bienvenu que la parole revienne aussi aux entités expertes en la matière, non politisées et non partisanes.

Quel message transmettre?

Le fait que les jeunes LGB sont plus à risque suicidaire que les jeunes hétérosexuels a été prouvé par plusieurs études: ils ont 2 à 5 fois plus de risques de se suicider que les jeunes hétérosexuels et la période du coming out (entre 14 et 17 ans) est celle où le risque est le plus élevé. Or brandir cet argument de façon simpliste et dénuée de contexte induit une idée dangereuse: celle de la fatalité. Quel est le message que l’on transmet ainsi aux jeunes gais et lesbiennes? Quelle perspective offre-t-on à celles et ceux qui se questionnent, qui doutent et s’interrogent sur leur orientation sexuelle? Qu’aimer et désirer des personnes de même sexe mène quasi inévitablement au suicide, à la dépression, aux angoisses?

Que l’on soit bien clair: être homosexuel.le ne constitue pas un risque en soi. Ce qui peut jouer un rôle, en revanche, c’est la réponse de l’environnement à cette sexualité non normative

Chaque suicide est complexe et multifactoriel, et ne peut être réduit à une seule cause. Il s’inscrit dans un contexte individuel constitué de facteurs protecteurs ou aggravants qui, accumulés, diminuent ou accroissent la vulnérabilité à un risque suicidaire. Que l’on soit bien clair: être homosexuel.le ne constitue pas un risque en soi. Ce qui peut jouer un rôle, en revanche, c’est la réponse de l’environnement à cette sexualité non normative: le climat scolaire, les relations affectives et familiales, les ressources personnelles et médicales, la santé mentale, l’infrastructure mise à disposition par l’Etat, le soutien apporté durant l’adolescence, parmi d’autres. C’est pourquoi l’entourage – proche comme plus lointain – et la bienveillance dont il fait preuve à l’égard des jeunes LGB sont fondamentaux. Sans oublier les personnes trans, encore plus victimes de discriminations, pourtant exclues du projet de loi qui ne traite pas des identités de genre.

L’acceptation de soi

Soyons donc attentifs, dans cette joute politico-juridique, à transmettre également à nos jeunes la conviction – essentielle s’il en est! – que l’acceptation de soi et l’épanouissement sont accessibles à tou.te.x.s et ce, peu importe notre orientation sexuelle. Et qu’il est de la responsabilité de chacun.e.x d’entre nous de s’en assurer et d’y contribuer – quel que soit le résultat des urnes le 9 février prochain.


Pour en apprendre davantage: lire le blog Stop Suicide hébergé par «Le Temps»