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Vu de Hongkong

OPINION. Autour de Hongkong, la guerre de l’information fait rage, constate notre chroniqueur Frédéric Koller

Dimanche 18 août, de passage à Hongkong, je me suis retrouvé coincé dans une foule estimée par les organisateurs de la manifestation à 1,7 million de personnes. A un moment, j’ai cru suffoquer au croisement de deux artères, tout était bloqué. La foule scandait: «kailuo, kailuo» en cantonais. Ce qui veut dire «ouvrez la route». Elle s’adressait à la police qui bloquait l’accès du quartier où siège le gouvernement. Des milliers de personnes étaient coincées, dans l’impossibilité d’avancer. Encore moins de reculer. Le moindre mouvement de panique aurait pu provoquer un désastre. Tout autour de moi, la foule était pourtant d’un calme absolu.

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Le lendemain matin, l’ensemble de la presse hongkongaise publiait en une des images spectaculaires de cette mobilisation réussie pour faire pression sur les autorités afin de renoncer à une loi d’extradition avec la Chine jugée incompatible avec l’ordre juridique de l’île. A mon hôtel, j’ai demandé un journal. Il n’y en avait pas de local. On m’a remis le China Daily, journal en anglais du Parti communiste chinois. Il a remplacé le South China Morning Post, journal historique de l’ex-colonie britannique.

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Dans le China Daily, donc, il y avait un petit article sur une «marche de protestation de 128 000 personnes (chiffre de la police)» qui a paralysé le trafic durant tout l’après-midi. Ce n’était pas faux. Mais c’était grossièrement sous-traité et mal informé. Mardi, le Ministère chinois des affaires étrangères écrivait à des dizaines de médias étrangers basés à Pékin leur enjoignant de prendre en considération «leur responsabilité sociale» dans le traitement de l’actualité de Hongkong. Ils doivent se montrer «impartiaux, neutres, objectifs».

Le même jour, on apprenait que Twitter, Facebook, puis YouTube fermaient des dizaines de comptes contrôlés par les autorités chinoises diffusant de la «désinformation» sur les manifestations de Hongkong. Pékin a toujours contrôlé ses médias. Cela ne suffit plus. Les journalistes étrangers basés en Chine sont appelés à se plier à sa lecture. Sinon? Cela reste à voir. Vue de Hongkong, la situation est pourtant claire: Pékin déforme la réalité.

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