La tension n’en finit pas de monter à Hongkong, où la police a annoncé mardi avoir interpellé 19 personnes lors d’incidents survenus la veille entre les forces de l’ordre et des partisans de la démocratie. Là où, donc, comme le dit Le Figaro, «le pouvoir chinois veut limiter la portée du suffrage universel pour l’élection du prochain chef de l’exécutif, en 2017». Du coup, les «prodémocrates» de l’ancienne colonie britannique «sont en ébullition».

Les forces de l’ordre usent désormais de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. «Le bras de fer […] devrait se durcir alors que le mouvement» Occupy Central with Love and Peace (OCLP), dirigé par deux universitaires et un prêtre, a promis de paralyser le quartier des affaires «pour tenter de faire plier Pékin». Cette vidéo de Worldnews Watchdog résume bien la situation:

Si ce mécontentement est maintenant au plus haut, c’est aussi parce que les inégalités croissent et que «l’afflux de Chinois du continent» exacerbe les tensions. «Mais la raison profonde de la grogne tient à la perception qu’ont les Hongkongais d’une ingérence de plus en plus manifeste de Pékin dans les affaires politiques de la ville et de son refus de démocratiser jusqu’au bout le processus électoral.» Car «le gouvernement central impose […] des conditions draconiennes qui vident ce scrutin de son sens, estiment les démocrates», lit-on dans Libération.

Radio Chine internationale relaie, elle, pieusement, la nouvelle selon laquelle «le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale […], a adopté dimanche une décision sur les questions liées à l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif de la Région administrative spéciale de Hongkong (RASHK). […] «Développer la démocratie à Hongkong, sous les principes d’«un pays, deux systèmes» et de «Hongkong administré par les Hongkongais», en respectant la Loi fondamentale de la RASHK, et les décisions de l’APN, est le souhait commun de tous les Hongkongais. La décision d’aujourd’hui signifie un grand progrès de la société hongkongaise. Elle a tourné un nouveau chapitre dans l’histoire de Hongkong.»

«C’était écrit!»

Quelles sont, en réalité, les «conditions draconiennes», si l’on cherche à décrypter cette langue de bois? «Détail capital», les citoyens «devront choisir parmi deux ou trois candidats «patriotes» qui auront été filtrés au préalable par un comité pro-Pékin. C’était écrit!» déplore sur le site du Point le professeur à l’Université de Hongkong Joseph Cheng. Alors que le Guardian explique très bien, de son côté, comment le vice-président de la commission législative de l’Assemblée nationale chinoise, Li Fei, venu défendre à Hongkong la politique de Pékin, a essuyé les huées des députés prodémocratie et de manifestants.

Le magazine français publie aussi cette infographie didactique, qui synthétise très bien la relation de la Chine avec ses «territoires» chargés d’histoire:

Toujours selon cet article du Point, le contraste avec le point de vue de la presse officielle chinoise est aussi frappant, qui loue «l’équilibre» de la position de Pékin. Les opposants démocrates «radicaux» ne sont que des «tigres de papier», juge le Global Times, quotidien nationaliste proche du Parti. «Hongkong n’est pas l’Ukraine. Seule une minorité de Hongkongais sont prêts à les soutenir et se confronter au gouvernement central», ajoute le journal.

Le pouvoir mise en fait sur ce qu’il appelle le «marais apolitique de la cité rebelle». Ce, «pour isoler le mouvement mené par de nouvelles générations éduquées, en jouant la carte de la «stabilité» et de la croissance économique». Il ne faut pas se leurrer, selon lui, «une crise politique prolongée affaiblira la place de Hongkong face à ses rivales Singapour ou Shanghai, avancent les pro-Pékin. Le bras de fer ne fait que commencer.»

Ainsi, le South China Morning Post, le quotidien local, couvre-t-il largement ces événements, aussi en multimédia, car ils constituent une des plus graves crises politiques depuis la rétrocession à la Chine en 1997. Il argumente contre Pékin en utilisant le fait que des parlementaires britanniques, à Londres, estimaient désormais que la Déclaration conjointe sino-britannique, le traité international signé il y a trente ans par les premiers ministres chinois et du Royaume-Uni, était rompue.

La «rebelle» de la «patrie»

«La rebelle résiste donc à la mère patrie», commente France 24. Qui cite Jean-Vincent Brisset, spécialiste de la Chine à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), auteur d’une déclaration tonitruante. Elle se suffit à elle-même: «En clair, les Hongkongais pourront voter librement pour le candidat de Pékin.» En 1997, Pékin avait cru qu’ils rentreraient «petit à petit dans le système», poursuit-il. «Mais Hongkong ne rentre pas dans le système! La population hongkongaise tient farouchement à sa liberté.»

Cette autonomie, les citoyens de la ville la «sentent de plus en plus menacée». «Ils voient ce qui se passe à Macao. Là-bas aussi, des militants réclament des réformes électorales. En vain. Le chef de l’exécutif a été réélu, dimanche. Il a été choisi à 95% des voix par un comité de 400 membres majoritairement pro-Pékin. Tout cela ne rassure pas les Hongkongais.»

Pour eux, le cadeau électoral empoisonné de Pékin, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Alors s’exprime maintenant pleinement l’exaspération qui montait vis-à-vis de l’ingérence pékinoise croissante.