Qui peut encore résister à la Chine? Ce week-end, à Hangzhou, où il accueillait les leaders du G20, Xi Jinping s’est présenté comme le chef d’une nation confiante et responsable. Pékin dicte le la sur le climat, s’érige en rempart face aux sirènes du protectionniste et tape sur les doigts des journalistes américains jugés indisciplinés. Sur son sol, l’ordre du parti fait office de loi. Sur son pourtour, les règles internationales, lorsqu’elles lui sont défavorables, sont inopérantes comme l’a démontré son déni de l’arbitrage de la Cour de La Haye sur la mer de Chine du Sud. En ce début de XXIe, il faudra s’y faire, le monde sera de plus en plus sous influence chinoise.

Soif de changement politique

Qui peut encore résister à la Chine, sinon les Chinois eux-mêmes. C’est ce qu’ont une nouvelle fois démontré, durant ce même week-end, les électeurs de Hong Kong. La chorégraphie du pouvoir à Hangzhou – la ville avait été en partie vidée de sa population pour assurer l’ordre – avait tout prévu sauf le vote de ce territoire au bénéfice d’un statut particulier hérité du principe «un pays, deux systèmes» inventé par Deng Xiaoping. Alors que Xi Jinping semblait plus fort que jamais sur les bords du Lac de l’Ouest en compagnie de Poutine et d’Obama, la jeunesse de l’ex-colonie britannique lui lançait un formidable défi en faisant élire des indépendantistes au sein de leur parlement. Une première dans l’histoire chinoise.

La collision de ces deux événements est là pour nous rappeler que la réussite actuelle de la dictature chinoise tient autant à ses succès économiques qu’à l’exercice d’une contrainte qui a tendance à se renforcer ces dernières années. Combien de temps les Chinois accepteront-ils de subir cet autoritarisme, érigé en contre-modèle à l’Occident? Là où la parole est libérée, le constat est simple: après les bouleversements économiques et les transformations sociales, la soif d’un changement politique est bien là. Que ce soit à Taiwan, l’«île rebelle», ou à Hong Kong encore protégée par sa mini-constitution, les Chinois veulent faire valoir leurs droits.

L’exemple de Liu Xiaobo

C’est particulièrement vrai pour une nouvelle génération qui ne peut se satisfaire du seul ressort patriotique pour avancer. Hormis la question de l’indépendance, il est fort à parier que les jeunes de Canton, de Shanghai ou de Pékin ne voteraient pas très différemment de leurs camarades hongkongais. Il n’est pas anodin qu’un Nathan Law, désormais plus jeune élu du parlement de Hong Kong, cite en exemple Liu Xiaobo, le prix Nobel de la Paix qui croupit dans les prisons du parti communiste. Voilà pourquoi le vote de Hong Kong a valeur de leçon pour toute la Chine.


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