revue de presse

La Hongrie jette de l’huile sur le feu en sortant les barbelés contre les migrants

Le gouvernement populiste de Budapest a opté pour la manière forte face à l’afflux sur son sol des migrants qui passent par la Serbie. Le projet d’un nouveau «mur de la honte» divise les médias

La Hongrie a donc annoncé cette semaine une fermeture de sa frontière avec la Serbie, nouveau signe de la crise migratoire après l’échec des Européens à décider d’une répartition solidaire des réfugiés sur leur territoire. Pour endiguer l’afflux de migrants en provenance de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou du Kosovo, Budapest a en effet lancé rien de moins que des «travaux préparatoires» pour la construction d’une clôture de quatre mètres de haut sur les 175 km de sa frontière avec la Serbie. Ils devraient être achevés d’ici au 24 juin – voir à ce sujet la vidéo du Figaro.

A défaut de pouvoir refouler purement et simplement les migrants, comme le dirigeant populiste Viktor Orban dit le souhaiter, la Hongrie opte ainsi pour une clôture. Ou plutôt un nouveau «mur de la honte», comme le dit La Stampa, qu’a traduite le site Eurotopics. «Il faut protéger les frontières extérieures de l’UE, martèlent certains commentateurs.» Mais «pour d’autres, il est tristement symbolique que la Hongrie, à l’origine de la chute du Rideau de fer il y a un quart de siècle, décide aujourd’hui d’ériger» cette nouvelle barrière. Même si le pays est «celui de l’UE, après la Suède, qui accueille, proportionnellement à sa population, le plus grand nombre de réfugiés», fait remarquer Le Monde, qui cite Eurostat.

Le souvenir de 1989

Le quotidien turinois nous remet d’ailleurs en mémoire ces 300 Allemands de l’Est, incrédules, qui se sont engouffrés «dans un trou pratiqué dans la clôture de la frontière autrichienne» au mois d’août 1989, «en direction de l’avenir et de la liberté, sans que les gardes hongrois ne réagissent». Qui aurait donc pu croire que ce serait dans le berceau symbolique de l’insurrection – celle de Budapest, en 1956 – que serait décidée l’érection d’un «mur du racisme et de la discrimination ethnique»? «Si l’Europe ne retrouve pas l’esprit de 1989, d’autres murs succéderont à celui érigé aujourd’hui par Orbán – des murs hauts et épais.»

D’ailleurs, le journal économique hongrois Világgazdaság refuse lui aussi de se mettre au pas. Ce projet «constitue une réaction exagérée et injustifiée», estime-t-il, en appuyant sur l’ironie de l’histoire. Pire: l’idée même d’une clôture – «mesure drastique» et «démesurée» – «serait judicieuse si seulement elle apportait une […] solution au problème. […] Le nombre actuel de migrants qui tentent de passer nos frontières ne justifie pas la construction de cette enceinte, dont les coûts paraissent de surcroît exorbitants.»

D’autres clôtures…

De son côté, l’UNHCR, l’agence onusienne pour les réfugiés citée par Euronews, lance une campagne contre cette mesure: «N’importe quel mur ou clôture serait une barrière à l’asile, et les gens ont le droit de demander l’asile», dit-elle: «C’est dans la Constitution hongroise, c’est un droit universel, on veut être sûr que la Hongrie garde ses frontières ouvertes, que les gens puissent demander l’asile et être entendus.» De son côté, Budapest a beau jeu de rappeler les exemples «d’autres clôtures en Europe, entre la Grèce et la Turquie, la Bulgarie et la Turquie, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et le Maroc».

Pour la Pravda slovaque, «l’Europe doit protéger ses frontières extérieures». «Les personnes en détresse ont» certes «besoin d’aide», et le quotidien de gauche soutient le modèle des quotas. Cela dit, «quand, en 2012, les contrôles ont été intensifiés à la frontière gréco-turque, le nombre des réfugiés a notablement baissé. Ils se sont alors dirigés vers la Bulgarie, mais lorsque Sofia a décidé d’élever une barrière à sa frontière avec la Turquie, le nombre des réfugiés a de nouveau reculé. […] D’où le projet du gouvernement Orbán. Nous entendrons dire de plus en plus souvent que le Vieux Continent se transforme en forteresse. Mais les moyens dont dispose l’Europe sont limités. C’est moins une question de sentiments que de raison.»

«Arrêter l’exode»

Non loin de là, Jiří Weigl, directeur de l’Institut Václav-Klaus de Prague, dans une tribune au portail d’information idnes.cz, juge que «l’accueil de réfugiés en Europe est une idée dangereuse et peu judicieuse». «On ne résoudra pas le problème de la pauvreté et de la guerre en accueillant les personnes touchées dans les régions les plus riches de la planète», écrit-il. Il convient d’arrêter cet exode, et non de le stimuler. Il est par ailleurs immoral de priver les pays pauvres de leurs élites. […] Certains affirment que l’immigration est nécessaire pour enrayer le vieillissement et le dépérissement de l’Europe. C’est faux. Si tel était le cas, on n’observerait pas un chômage des jeunes de plus de 50% en Europe méridionale.»

Quelle solution, donc? Une «clé de répartition combinant plusieurs données, dont la population, le taux de chômage», comme l’explique La Croix? L’Allemagne devrait ainsi «accueillir près de 8700 personnes, la France 5700, la Lituanie 500. «Timide mais inédite», une telle mesure «doit être adoptée à la majorité qualifiée des Etats. Celle-ci reste improbable et rien n’indique, pour le moment, qu’elle sera atteinte lors du sommet des dirigeants, les 25 et 26 juin prochains, qui doit en grande partie porter sur le sujet.»

Non: rien, mais alors vraiment rien, n’indique cela pour l’heure.

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