Cette fois, ça y est. La liste des licenciements tant redoutés depuis ce printemps prend forme. L’annonce, lundi, des 100 emplois supprimés dans les marques horlogères Ulysse Nardin et Girard-Perregaux (un quart du personnel) est la dernière en date. Cela s’aggravera cet automne.

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Ce ne sont plus des chiffres abstraits pronostiqués par les syndicats. Ou des projections du Secrétariat d’Etat à l’économie. Lundi, 100 personnes ont perdu leur travail dans les Montagnes neuchâteloises. Cent histoires tragiques de plus qui écrivent «la crise du covid» en Suisse.

L’emploi tiendra le choc

En prenant du recul, l’emploi dans le pays devrait néanmoins encaisser le choc. La comparaison a ses limites mais, après la crise de 2008 – durant laquelle 100 000 emplois ont été perdus –, notre économie en a créé 400 000 supplémentaires. Dans bien d’autres pays, le marché du travail peine encore à s’en relever.

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Les mauvaises langues répliqueront qu’ils sont essentiellement apparus dans le secteur public. C’est vrai. Mais ce ne sont pas d’épaisses administrations qui ont enflé davantage. Ces emplois ont été créés dans des secteurs comme la santé ou l’éducation. Signe d’une économie saine.

Mais si notre économie va survivre au virus, peut-on en dire autant de l’horlogerie? Déjà malmenée fin 2019, cette industrie figure parmi celles qui souffrent le plus aujourd’hui. Heureusement, ces marques sont détenues pour la plupart par de grands groupes aux reins solides (Kering, propriétaire de Gucci, pour ce qui concerne l’annonce du jour). Une fermeture n’est donc pas d'actualité.

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Perspectives terrifiantes

Ce n’est pas le cas des sous-traitants. Ces centaines de PME indépendantes voient leurs carnets de commandes s’amincir dramatiquement. Elles songent à licencier, voire à fermer boutique. La perte de ces savoir-faire cruciaux pour cette industrie (et d’autres, comme l’aéronautique ou les technologies médicales) est une perspective terrifiante.

Les marques devraient s’en inquiéter, tenter malgré tout de maintenir leurs commandes et payer rapidement leurs factures. Enclines à vanter leurs engagements environnementaux, elles devraient s’intéresser plus activement à un soutien dans leurs propres vallées.

Bien sûr, il sera toujours plus facile de communiquer sur la sauvegarde d’une barrière de corail dans les eaux vertes du Pacifique que sur la préservation d’une dizaine d’emplois industriels dans le Jura bernois. Mais les deux relèvent directement de la responsabilité sociétale d’une entreprise du XXe siècle.