Le 14 janvier, le secrétaire d’Etat américain, Michael R. Pompeo, rencontrait les patrons de la Silicon Valley à San Francisco. On était entre camarades, «Mike» évoquant son parcours d’entrepreneur, les garages de Palo Alto et les dortoirs de Mountain View «où les titans de la tech» sont nés, comme le veut la légende. Mais le Californien avait un message à faire passer, beaucoup plus grave. Il venait parler du défi technologique chinois. La Silicon Valley – qui a tant voulu séduire les consommateurs chinois – doit aujourd’hui se mettre en ordre de marche pour mener le combat, a-t-il expliqué. Car on est en guerre. «L’Amérique fait face à une menace qui nécessite chaque fibre de votre capacité d’innovation», a-t-il insisté. Après avoir été les chantres de la mondialisation, il est temps pour les GAFAM and Co. de se rallier à la «cause patriotique» du président Trump. «Je ne veux pas être menaçant», a ajouté Mike, mais souvenez-vous de l’«arsenal de la démocratie». L’arsenal de la démocratie? C’est l’expression de Roosevelt pour convaincre les entreprises, fin 1940, de soutenir l’effort de guerre des alliés contre les nazis. C’était un an avant Pearl Harbor et l’entrée en guerre des Etats-Unis contre Hitler et le Japon.

L’Europe résiste

Quel est le rapport avec la Chine de 2020? «Xi Jinping donne la priorité à ce qu’il appelle la «fusion militaire-civil». C’est un terme technique pour une idée très simple», a poursuivi Mike: Pékin force ses entreprises à partager leurs innovations technologiques avec l’Armée populaire de libération pour instaurer la domination des forces chinoises dans le monde. Le secrétaire d’Etat conclut: «Le travail de Google en Chine bénéficie indirectement aux militaires chinois.» Mais le plus grand risque, aujourd’hui, c’est la 5G, donc Huawei. Le chef de la diplomatie américaine utilise alors cette autre comparaison: «Aucun d’entre nous n’aurait voulu s’équiper de technologie soviétique. N’est-ce pas?»