Dimanche, quelques élections ont souligné un glissement insensible. Avec Zurich, Genève, Berne, Lausanne, Winterthour, Lucerne, Bienne et maintenant Bâle, huit des plus grandes villes de Suisse ont désormais rompu avec l'hégémonie séculaire de la droite.

Ce mouvement de fond amorcé dans les années 80 pourrait changer d'échelle en frappant certains cantons. Sauf vraie surprise, la gauche l'emportera à Neuchâtel au printemps. Personne n'exclut un même phénomène à l'automne prochain à Genève, en 2007 dans le canton de Vaud.

Les villes ont été le tremplin de la gauche conquérante d'aujourd'hui. Urbanisme, transports ou culture: les socialistes, les écologistes et leurs compagnons d'extrême gauche ont su répondre aux attentes pratiques des habitants, tandis que la droite n'entendait plus guère que des commerçants à l'anathème facile.

La vindicte anti-rose-rouge-verte ne suffit plus. A Lausanne, à Bienne ou à Zurich, des magistrats de gauche se coltinent les responsabilités les plus pénibles. Ils ferment ici un service public, coupent là un acquis social, renvoient ailleurs un étranger en illégalité. Au pouvoir, la gauche gagne ainsi en confiance auprès de citoyens qui lui étaient hostiles par atavisme.

Mais on peut être sûr que cette même gauche ne parviendra pas à adapter seule la Suisse à un monde en transformation. Elle restera entravée par son socle électoral. Car ses victoires, elle les doit aussi à des clientèles conservatrices: les fonctionnaires, les bénéficiaires d'aides sociales et les exemptés du fisc qui ne voient de salut qu'en elle. Confrontée aux nécessités de difficiles réformes, elle butera inévitablement sur ses limites.

Il est donc temps que les partis bourgeois relativisent les leçons qu'ils ont cru tirer des succès d'une UDC qui, finalement, reste à la porte des exécutifs communaux et cantonaux. En crise de renouvellement générationnel, la droite historique gagnerait à s'inspirer de la progression de la gauche pour que sa philosophie redevienne claire et pragmatique. Réinvestir les villes, voilà l'épreuve refondatrice!

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