J’ai failli vous parler de la libre circulation. Pour vous dire combien j’enrage de voir cette grande idée réduite à sa triste dimension économétrique, à mesure que le débat public s’enfonce dans la nostalgie barbiturique de ce qui n’a jamais été. J’ai aussi failli vous parler de la nouvelle barbe d’Antonio Hodgers et des costumes de François Fillon, deux sujets qui n’ont rien en commun, si ce n’est de figurer côte à côte dans la phrase que vous venez de lire.

Et puis je suis tombé sur un petit livre bleu*, tout entier consacré à Genève. Vingt et un textes à travers lesquels autant d’écrivains du cru «donnent cette ville à lire», comme le formulent si bien les deux initiatrices du projet, Anne Brécart et Catherine Fuchs. Pour vous dire la vérité, j’ai aussi failli ne jamais ouvrir ce livre tant son titre, «Regards croisés sur Genève», est calamiteux (à part «Genève, terre de contrastes», difficile de faire pire). Mais heureusement, je l’ai lu. Et qu’y ai-je trouvé? Des madeleines et des cadeaux. J’ai décidé de dire merci et de vous les offrir à mon tour. En vrac.

Merci à Jean-Michel Wissmer d’avoir ressuscité cette formule de Talleyrand: «Il y a cinq continents, et puis il y a Genève». La lecture de Talleyrand devrait être obligatoire pour tous mes amis Confédérés. Merci à Valérie Poirier d’avoir identifié Genève comme la patrie du «sport chic». C’est désespérant, parce que c’est vrai. Merci à Guillaume Rihs d’avoir rappelé au MCG que les quatre Réformateurs du Mur du même nom sont Français pour trois d’entre eux et Ecossais pour le dernier. Ce n’est pas inutile.

Merci à Luc Weibel d’avoir compris qu’on aime le Bourg-de-Four parce que «cette vénérable place a le mérite d’être entièrement de guingois». Dans le mille. Merci à Daniel de Roulet d’avoir calculé que la majorité de ceux qui travaillent tous les jours à Genève n’y ont pas le droit de vote. Pas inutile non plus.

Merci à Jean-Michel Olivier de trouver, la nuit, des airs de Taj Mahal au monument Brunswick. Qui a dit que la drogue était un fléau? Merci à Laurence Boissier d’avoir perçu que le pont du Mont-Blanc oscille et se tord sous les effets de la Bise. J’y serai, à la prochaine bourrasque. Merci enfin à Pierre Béguin d’avoir su dire l’infinie tristesse du stade de la Praille pour ceux qui ont connu le derby UGS-Servette au stade de Frontenex.

Merci enfin à tous ces auteurs de ne pas avoir parlé du passage secret de la rue St-Léger. 


*«Regards croisés sur Genève», Slatkine, 2017.