Le Conseil d’Etat neuchâtelois répète à qui veut l’entendre que le débat sur le projet de RER-Transrun porte sur des aspects formels plutôt que sur des questions de fond. Les opposants ont fait de l’incertitude liée au financement le fer de lance de leur campagne. L’argument est important, mais partiel.

Usager quotidien depuis quinze ans de la ligne CFF Chambrelien-Neuchâtel, membre du parti des Verts, et amoureux du Haut comme du Bas, j’ai de multiples raisons, autres que budgétaires, de considérer que le projet du Conseil d’Etat est insatisfaisant: 1. Le canton de Neuchâtel, qui de l’avis de tous a mal à ses finances et souffre d’une fiscalité relativement lourde, serait la première agglomération au monde à pouvoir s’offrir un métro de 15 km de long avec un seul arrêt intermédiaire pour 170 000 habitants. Le projet est mal calibré en raison d’une densité démographique insuffisante et de l’éparpillement historique des centres habités. 2. Le RER a pour vocation non seulement de désenclaver La Chaux-de-Fonds et Le Locle, mais aussi de desservir diverses zones résidentielles à mi-chemin entre le Haut et le Bas. La suppression de six gares sur le tracé de la ligne ferroviaire actuelle péjorerait la desserte de localités en plein essor démographique. La construction immobilière s’y est considérablement développée ces dernières décennies et on y trouve encore des zones à bâtir, alors que le Littoral neuchâtelois est quant à lui saturé. 3. La mise en place d’un service de bus ou de cars postaux dans ces régions n’offrirait pas une alternative crédible, la route ne pouvant concurrencer le rail en zone urbaine, non seulement en rapidité mais surtout en ponctualité, condition sine qua non pour assurer les correspondances. 4. Le projet de RER a la forme d’un H. Pour employer un langage de paléographe, j’en apprécie les hastes (Morteau-Saint-Imier et Vaumarcus-Le Landeron) et j’en rejette la traverse (Transrun La Chaux-de-Fonds-Neuchâtel). Sont laissés pour compte le Val-de-Travers, le Val-de-Ruz (à l’exception de Cernier), la vallée des Ponts, et la vallée de la Brévine. 5. Un des effets pervers du Transrun – dont il est peu fait état – réside dans sa vocation même. Avec une quadruple desserte horaire pour un trajet de 14 minutes, plus besoin de deux salles de musique, de deux théâtres, de trois lycées, etc., sans parler des commerces. Pour ceux qui ont suivi l’évolution de La Chaux-de-Fonds depuis un demi-siècle, il n’y a pas lieu de se demander qui fera les frais de ce phénomène inéluctable. Le manque d’enthousiasme rencontré chez les juges, avocats et médecins à l’idée d’un transfert prochain dans les Montagnes est parlant, avec ou sans Transrun. 6. Le Conseil d’Etat nous assure qu’il n’existe pas d’alternative à son projet. C’est tout simplement faux! Le Transrun-light proposé jadis par le député Laurent Debrot et repris à son compte par le PLR de Rochefort aurait l’avantage de rattacher le Val-de-Travers au Haut, y compris au Val-de-Ruz, tout en libérant un sillon dans le goulet de Vauseyon. Une amélioration du confort des usagers par extension des rames est plus importante que la diminution (marginale) de la durée du voyage ou l’augmentation de la fréquence horaire. 7. Les promoteurs du Transrun font de la votation du 23 septembre un référendum pour ou contre le Haut. C’est abusif! On peut voter non au texte proposé tout en préconisant un investissement massif et immédiat dans le Haut, dans un premier temps pour développer une liaison ferroviaire rapide entre Morteau et Saint-Imier, zone industrielle importante pour la région, en l’assortissant de parkings pour le transfert modal à ses extrémités et de navettes en sa partie centrale. Un prolongement en direction de Bienne et de Besançon pourrait constituer une seconde étape, avec le concours (entre autres, financier) des Français et des Bernois. 8. Et puisqu’il faut quand même parler du financement, parlons-en! Fidèle à ses nouvelles habitudes, le Conseil d’Etat se propose de soulager la Confédération (en l’occurrence les CFF, dans le même état d’esprit qu’il l’avait fait naguère pour l’EPFL) de ses obligations en reportant la charge sur les communes, y compris celles dont la situation sera péjorée par la mise en service du Transrun. Cette charge se chiffre à plusieurs dizaines de milliers de francs par année pour une commune comme Rochefort. C’est tout à fait inadmissible!

Mieux vaut améliorer le confort des usagers par extension des rames plutôt que diminuer (de peu) la durée du voyage

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